Pôle emploi : 40 000 radiés par mois, pour quels motifs ?

23 octobre 2012
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Tous les mois, près de 40 000 demandeurs d’emploi sont rayés des listes de Pôle emploi. 8 000 d’entre eux sont réintégrés dès le mois suivant, parfois pour la simple raison que leur radiation était abusive ou erronée. Entre manque de moyens et imbroglio administratif, les chômeurs sont souvent évacués des listes sur un malentendu avec leur référent. Voici les premiers motifs de radiation des listes de Pôle emploi.

1. Le rendez-vous raté
Le motif de radiation le plus courant est l’absence à une convocation Pôle emploi. Il constituerait plus de 90 % des cas de radiation. Le demandeur d’emploi se doit de « répondre à toute convocation des services et organismes chargés des services publics de l’emploi ». La date est imposée au demandeur. S’il ne se présente pas à la convocation, il est radié des listes de Pôle emploi pendant une période de deux semaines à deux mois, ce qui signifie une suppression des indemnités chômage. Rendez-vous pris dans des délais trop courts ou incapacité de consulter son profil personnel sur le site de Pôle emploi, il n’est parfois pas évident pour certains demandeurs honnêtes d’honorer leur rendez-vous.

2. Les offres d’emploi refusées
La loi du 1er août 2008 relative aux droits et aux devoirs des demandeurs d’emploi stipule qu’en s’inscrivant à Pôle emploi, un chômeur s’engage entre autres à rechercher « activement » un travail, à répondre aux convocations, mais aussi à « accepter les offres raisonnables d’emploi » (ORE). Les agents peuvent radier un demandeur d’emploi s’il refuse deux OER. Le caractère « raisonnable » d’une offre dépend du projet personnel d’accès à l’emploi (PPAE), élaboré avec le référent lors de l’inscription à Pôle emploi, puis actualisé lors des différents rendez-vous. Elle est définie à partir de différents critères, dont les qualifications, la situation familiale, la zone de recherche ou le salaire souhaité. Au fil du temps, le demandeur d’emploi doit se montrer de moins en moins exigeant sur l’intérêt de l’emploi proposé. Les trois premiers mois, une OER offrira au moins 95 % du salaire antérieur. Au-delà de six mois, le demandeur est tenu d’accepter une offre dont le salaire atteint 85 % du dernier salaire. Le demandeur doit par ailleurs accepter d’aller travailler plus loin (60 km aller-retour ou deux heures de transports en commun). Au bout d’un an, le chômeur doit consentir à une offre rémunérée au moins à hauteur du « revenu de remplacement » (chômage, allocation de solidarité ou RSA).

3. Le couac administratif
Les chômeurs s’en plaignent, mais les agents de Pôle emploi n’hésitent pas non plus à le reconnaître : la constitution des dossiers connaît souvent des ratés. Les demandeurs pointent les problèmes de communication. Des rendez-vous annoncés trop tard, des documents demandé sur Internet et non reçus. Timothée, 26 ans, demandeur d’emploi à Montpellier, a une formation d’ouvrier viticole. Il a reçu son dernier mail de Pôle emploi au milieu d’un CDD dégoté pendant les vendanges. « Je n’avais pas Internet dans le domaine du Médoc où je travaillais, raconte-t-il. J’ai découvert le mail en rentrant : il me demandait d’envoyer une copie de mon contrat… deux semaines plus tôt. » Il fait désormais partie des 40 000 radiés du mois d’octobre et ne compte pas se réinscrire : trop contraignant, pas assez d’offres. Il espère trouver un contrat dans la taille de la vigne avant d’avoir épuisé le petit pécule des vendanges.
Martine*, agent d’accueil dans une agence Pôle emploi de région parisienne reconnaît volontiers les problèmes courants dans le traitement des dossiers : « Effectivement, il y a pas mal d’erreurs qui sont commises par les agents. J’ai vu plusieurs fois des collègues perdre des attestations employeurs. Parfois, ce sont même des dossiers entiers qui avaient mis du temps à être montés, qui doivent être intégralement refaits depuis le départ. »

4. L’absence aux formations
En plus des convocations aux rendez-vous avec leur référent, les demandeurs d’emploi sont aussi convoqués à assister à diverses formations que Pôle emploi juge en adéquation avec leur projet professionnel. Ce qui n’est pas sans créer de situations cocasses. Jennie, 28 ans, a été radiée deux mois pour avoir demandé à ne pas assister à une matinée d’information sur les contrats aidés. « Je ne cherchais pas de contrat aidé, mais un CDI. Cette réunion n’avait rien à voir avec mon projet. Malgré mes nombreux appels, mails, et fax pour demander un rendez-vous en adéquation avec mon projet, je n’ai jamais eu la moindre réponse, sinon que j’étais radiée deux mois. »

5. L’arrêt maladie prolongé
Les demandeurs sont également radiés lorsqu’ils ont un arrêt maladie qui excède quinze jours. « Le cas échéant, le demandeur, lors de sa déclaration mensuelle, donne ses dates d’arrêt et il est désinscrit par un conseiller, explique Martine. C’est la sécurité sociale qui prend le relais de ses indemnités, pour ne pas que Pôle Emploi paye le demandeur pour rien. »

 

*Le prénom a été modifié.

 

Romain JEANTICOU et Simon LEPLÂTRE

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One Response to Pôle emploi : 40 000 radiés par mois, pour quels motifs ?

  1. 25 octobre 2012 at 22 h 18 min

    Il y aura bientôt 5 ans, une petite équipe d’illuminés s’est retrouvée autour d’un site : Recours Radiation pour venir en aide aux chômeurs radiés et pour mettre sur la place publique les dysfonctionnements de Pôle Emploi, avec, derrière la tête, l’idée de mettre en place un observatoire de Pôle Emploi et de ses dysfonctionnements. C’est aujourd’hui chose faite.