Bisbille sur les bas résilles

24 octobre 2012
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Au mois de juin, la proposition de la ministre du Droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem d’abolir la prostitution a fait ressurgir le débat constant qui oppose les féministes depuis plus d’un demi-siècle. Une suggestion qui va dans le sens des abolitionnistes, qui militent pour que cesse ce qui constitue selon eux la dernière forme d’esclavagisme.

 

« Le personnel est politique. » Depuis les années 1960, les mouvements féministes les plus médiatisés mettent en avant des revendications liées au domaine privé, qu’ils présentent comme le lieu privilégié de la domination masculine. Des réclamations touchant au contrôle de leur corps, avortement et contraception en tête. La prostitution continue pourtant de diviser féministes de tous bords en deux fractions quasi égales.

D’un côté, les « légalistes ». Face au terrible constat de la situation des travailleuses du sexe, ces féministes libéraux prônent un système étatique de lutte contre l’esclavagisme sexuel tout en autorisant et encadrant une prostitution dite « consentie ». Ils considèrent que la violence que subissent les prostituées est liée à leur situation (précarité, clandestinité, stigmatisation) et n’est donc pas inhérente à la prostitution si celle-ci est « légalisée ». Un point de vue qui s’oppose aux anti prostitution, les abolitionnistes.

Un terrain d’entente entre féministes et catholiques
En 2002, alors que Nicolas Sarkozy propose de pénaliser le racolage, des féministes et des catholiques défilent sous la même banderole : « les femmes ne sont pas des marchandises ». Derrière ce rapprochement inattendu, un message unique : pour protéger les femmes, il faut abolir la prostitution.

Que les mouvements catholiques tels que le Mouvement du nid plaident pour une pénalisation de la prostitution au nom du respect des moeurs ne surprend guère. Mais lorsque des féministes qui, à l’origine, défendent la liberté individuelle de disposer de son corps, les rejoignent, le positionnement surprend.

« Dans les années 1960, alors que le Mouvement du nid prône déjà l’abolitionnisme, les féministes ne se préoccupent pas de prostitution », confirme Lilian Mathieu, sociologue spécialiste de la prostitution à l’ENS de Lyon. Au coeur des premières revendications : la lutte pour la contraception, contre le viol, les inégalités au travail mais rien sur la prostitution. « Puis, petit à petit, une frange du féminisme commence à considérer la prostitution comme l’expression la plus violente de la domination masculine, un cran au dessus de la pornographie. »

« La prostitution choisie n’existe pas »
Dans les années 1980, des fronts féministes anti-prostitution émergent dans toute l’Europe. En France, une décennie plus tard, certains mouvements se rapprochent des courants abolitionnistes traditionnels. C’est le cas de Marie-Victoire Louis, qui écrit des tribunes et donne des conférences pour le Mouvement du nid. Féministes abolitionnistes et catholiques progressistes se retrouvent sur un point : “la prostitution choisie n’existe pas”. Si elles se disent libres, les prostituées seraient en fait contraintes par des facteurs culturels.

Ce rapprochement arrange bien le Mouvement du nid. « Dans les années 1990, l’argument féministe était bien plus puissant que celui de la défense des bonnes moeurs », souligne Lilian Mathieu. Pour le sociologue, la stratégie a porté ses fruits et, sur la scène politique, l’idée abolitionniste a fait son chemin. « Depuis 2010 et la mission menée par le parlement, la France est clairement abolitionniste ».

En France, entre 18 et 20 000 personnes se prostitueraient chaque année. 80 % d’entre elles seraient des femmes.

 

Romain JEANTICOU et Amélie MOUGEY.

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