Cinq fruits et légumes par jour : ce que l’Etat veut nous faire avaler

24 octobre 2012
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Créée en 2004, la campagne Manger bouger a pour but de faire consommer cinq fruits et légumes par jour aux Français. Spots de publicité, affiches, sensibilisation en milieu scolaire… Le message est entré dans les mœurs. En octobre 2012, l’INPES désire relancer le site internet. L’efficacité de la campagne est-elle à remettre en cause ?

12 à 15 % des enfants sont en surpoids ou obèses. (Flickr)

« Pour votre santé, consommez au moins cinq fruits et légumes par jour. » Ce slogan connu des petits et des plus grands n’a pas pour vocation de tomber aux oubliettes. « Découvrez enfin ce que “manger-bouger” veut dire ! » affiche l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) sur internet.

Lancé en 2004, la campagne Manger bouger s’inscrit dans le cadre du Programme national nutrition-santé (PNNS), initié en 2001. Le PNNS version 2011-2015 a quatre objectifs, dont la réduction de l’obésité et du surpoids dans la population ainsi que l’amélioration des pratiques alimentaires.

Pour satisfaire cette ambition, l’INPES et le ministère de la Santé démarrent en octobre une campagne pour « renforcer la notoriété » du site Manger bouger. Au menu ? Bannières publicitaires et habillages de sites internet d’information, chroniques et slogans radio humoristiques tels que « faire le funambule dans le salon pour manger équilibrer » et « courir autour de la maison pendant le dessert et faire des pompes après l’entrée » !

Les autorités remettent les pieds dans le plat pour répondre à ce qu’elles considèrent comme un impératif de santé publique : les cinq fruits et légumes quotidiens. La nutritionniste Caroline Le Marchand-Duros explique : « Pour les fruits et légumes, la quantité recommandée pour satisfaire ses AJR (ndlr : apports journaliers recommandés) en vitamines, fibres et minéraux est d’environ 700 à 800 grammes par jour. Une portion de légumes étant d’environ 150 à 200 grammes, les recommandations de consommation proposent légitimement de manger cinq fruits et légumes par jour. »

27 % des Français respectent les cinq fruits et légumes par jour

Les campagnes destinées à promouvoir les cinq fruits et légumes par jour ne manquent pas. Des légumes de toutes les couleurs, une phrase qui accroche, « Au moins cinq fruits et légumes sans efforts », l’INPES a d’abord favoriser l’affichage, à coups de publicité.

Les enfants sont rapidement devenus la cible privilégiée. Alors qu’on estime que 12 à 15 % des enfants en France sont en surpoids ou obèses, le PNNS s’est emparé des programmes télévisés destinés aux jeunes. Les légumes se sont incarnés. Orange, tomate, pomme, sont présentés comme des petits personnages dynamiques et sympathiques alors que la plaquette de beurre et la salière peinent à se déplacer.

L’Etat s’est finalement rendu compte qu’il pouvait prôner une alimentation équilibrée au sein même des établissements scolaires. En 2005, les distributeurs de confiseries sont interdits dans les écoles. Des distributeurs de pomme sont installés. Le succès n’est pas flagrant. Dans la même veine, depuis le 1er janvier, une taxe sur les sodas est en vigueur. C’est le fruit d’une bataille entre les autorités et les industries concernées.

Les différentes mesures ont globalement eu peu d’effets sur la consommation des enfants et des adultes. Seulement 27 % des Français respectent les cinq fruits et légumes par jour, selon une étude de l’Observatoire de l’obésité (Obobs) parue en décembre 2011.

Les industries alimentaires sont désormais obligées d’afficher dans leurs spots un message sanitaire du type  « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour », sous peine de devoir payer une taxe de 1,5 % sur le prix de la publicité. Mais cela n’a pas empêché les investissements publicitaires de Ferrero ou Coca-Cola d’augmenter entre 2006 et 2010. Plus 20 % selon l’association de consommateurs UFC-Que choisir. Le lobby alimentaire reste très puissant.

Les dirigeants de télévision ont aussi leur mot à dire. Ils s’inquiètent pour leurs rentrées publicitaires. Seul Disney, aux Etats-Unis, a décidé de faire un effort. A partir de 2015, les publicités alimentaires destinées aux enfants seront enlevées de ses programmes, si les produits sont jugés trop déséquilibrés.

Une étude publiée en juillet 2012 par deux professeurs de l’Ecole de management de Grenoble va même jusqu’à pointer les effets néfastes du fameux slogan sur les habitudes alimentaires des consommateurs. « En associant des messages sanitaires à des produits alimentaires comme des glaces ou des hamburgers, les individus perçoivent ces informations comme une solution potentielle à la prise de poids. Si je fais ce que le message indique, implicitement je m’octroie le droit de manger plus sucré ou plus gras. Cela a pour effet de les déculpabiliser », commente Carolina Werle, une des auteurs. En clair : le message est contre-productif.

Un petit pépin de plus pour la campagne. Pour que le bonheur soit dans le fruit, il faut consommer sept fruits et légumes au quotidien. Selon une étude de l’université de Warwick, le bien-être arrive au septième fruit.

Julia Chivet et Laurent Di-Nardo Di-Maio

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