Féministes, les nouveaux moyens d’action

24 octobre 2012
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Pour faire entendre leurs revendications, les associations féministes adoptent de nouvelles stratégies d’actions pour interpeller l’opinion publique. Les événements spectaculaires, la toile et l’apparition de thèmes inédits constituent un nouveau virage pour le féminisme.

« Les manifestations et les meetings ; c’est fini ! Les registres d’actions sont très différents aujourd’hui. Ils exercent une pression continue sur les hommes politiques et les médias », analyse François Dubet, directeur d’études à l’EHESS et spécialiste des mouvements sociaux. Les cortèges d’antan sont remplacés par des coups d’éclat. Des exemples ? La Barbe et les Femen.

Pour La Barbe, il s’agit de ne pas être barbant ! En matière d’actions choc, ce mouvement féministe est devenu incontournable. Leur idée de départ ? S’approprier un signe distinctif masculin : la barbe. Le collectif orne des statues féminines de barbe.

Mais ils font le bonheur des séquences télévisuelles en se rendant spontanément dans les salles de réunion pour mettre en lumière le manque de femmes dans les instances de pouvoir.

Après la barbe, les seins ! La spécialité des Femen, qui affichent leurs revendications seins nus. A l’origine, il s’agit d’un mouvement de protestation ukrainien pour défendre le droit des femmes, les Femen agissent désormais dans toute l’Europe. Le 15 octobre 2012, elles étaient devant le ministère de la Justice pour protester contre le jugement des viols collectifs de Fontenay-sous-Bois.

« C’est une stratégie qui consiste à mobiliser les médias. Pendant très longtemps, les « vieux » mouvements sociaux cherchaient à mobiliser les masses, à l’instar des syndicats. Là, la logique est différente. Il s’agit d’événements ponctuels qui vont mobiliser les médias », souligne François Dubet.

Mais pour mobiliser les médias, un simple flashmob (rassemblement éclair organisé) peut suffire. Ici, celui d’Osez le féminisme lors d’une campagne contre la lesbophobie.


Flashmob: Campagne contre la lesbophobie par osezlefeminisme

Finesse et raffinement pour le Laboratoire de l’égalité – association qui regroupe des personnalités actives dans la promotion de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Ou comment s’asseoir sur une femme? Regardez :


Laboratoire de l’égalité par laboratoiredelegalite

Cette campagne virale a fait le tour de la toile. Internet rassemble notamment les chaînes vidéo d’Osez le féminisme et de Ni putes ni soumises. Cela leur permet d’afficher un panorama de tous leurs clips en un clic.

En reprenant le célèbre concept du site internet Vie de merde, l’association Osez le féminisme s’est approprié l’idée en créant Vie de meuf. Le concept est simple : au lieu de raconter un instant de sa vie humiliant comme c’était le cas pour Vie de merde, les femmes sont invitées à relater les moments de sexisme ordinaire qu’elles vivent au quotidien. Une façon détournée de faire du féminisme. Morceaux choisis :

« Aujourd’hui, pendant un cours de physique en amphithéâtre, le professeur utilise une caméra thermique. Pour montrer son fonctionnement, il filme les élèves de l’amphi, puis s’arrête sur les jambes d’une fille et lance : « Ah, on a des jambes très chaudes au premier rang ! » Je ne sais pas ce qui m’a le plus énervée : sa phrase ou les rires gras de tout l’amphithéâtre ou encore les commentaires libidineux des garçons assis devant moi… Ou bien le fait que personne n’ait eu l’air choqué par ces propos ? »

« Tous les weekends, mon frère, étudiant en prépa, rentre à la maison et c’est ma mère qui s’occupe de son linge sale… Cette semaine elle n’est pas là, et tout le monde a pensé que naturellement, c’était à moi de prendre la relève… Résultat : maintenant mon frère sait faire tourner la machine à laver, étendre le linge et moi, on me traite d’égoïste… »

Défendre le plaisir des femmes

Si les moyens d’action ont évolué, les féministes ont également modifié leurs thèmes d’actions. De nouveaux sujets sont apparus. Il ne s’agit plus de défendre le droit à l’avortement. Aujourd’hui, les femmes veulent pouvoir être féminines sans être traitées de salopes, être bisexuelles, ou lesbiennes, sans être jugées.

En juin 2011, Osez le féminisme lance sa campagne choc « Osez le clito ». Frapper les esprits. Encore. Cette campagne est partie d’un constat : la sexualité reste un lieu de pouvoir masculin où les inégalités hommes/femmes se manifestent. Trop souvent oublié ou relégué aux préliminaires, le clitoris se devait d’être réhabilité. Défendre le plaisir des femmes est aujourd’hui un enjeu féministe.

Une affiche signée Osez le féminisme ! (DR)

« Mademoiselle ou Madame ? » Alors qu’en février dernier, le gouvernement débat de la suppression du terme mademoiselle des formulaires administratifs, plusieurs associations féministes telles que Chiennes de garde ou Osez le féminisme, s’emparent du sujet. Pour elles, cette case est en trop. C’est une discrimination à l’égard des femmes  qui doivent préciser leur situation matrimoniale. Cette affiche résume leur propos :

Mademoiselle discriminatoire ? Osez le féminisme et Chiennes de garde réclament la suppression de la case Mademoiselle sur les formulaires administratifs. (DR)

Pour François Dubet, ces nouvelles revendications ne feront jamais disparaître les anciennes : « Actuellement, la scène des mouvements sociaux est éclatée. On n’imaginait pas il y a 40 ans la défense des transgenres. Pour autant, la cause ouvrière demeure, tout en évoluant. Il y a multiplication des requêtes. »

Le vocabulaire, les mots évoluent en même temps que la forme des actions féministes. Les slogans restent au premier plan. De « Un homme sur deux est une femme » et « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme »,  les féministes ont opté pour « Domination masculine, ras la touffe », ou encore « Sexisme : ça part en couilles ».  Choquer, provoquer, sans poésie. Pour se faire entendre.

Julia Chivet et Laurent Di-Nardo Di-Maio

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