Le féminisme, à l’épreuve du pouvoir

24 octobre 2012
By

Avec le retour de la gauche au pouvoir, on a vu la réapparition de féministes au sein des cabinets ministériels. Ces anciens adhérents d’associations devront convaincre de l’efficacité du passage du militantisme à l’action publique.

 

François Hollande, après son élection, a ressuscité le ministère des droits des femmes. Cette décision a été l’occasion de voir des féministes entrer dans le jeu politique. Le premier ministère de ce genre, créé par François Mitterrand après son élection, en 1981, avait promu à sa tête Yvette Roudy. Cela avait déjà permis de voir un féminisme militant entrer dans le jeu politique. Avant de prendre la tête de ce ministère, Yvette Roudy avait, en effet, milité pendant de nombreuses années au sein du Mouvement démocratique féminin.
Lorsqu’elle doit prendre place dans son nouveau ministère, Najat Vallaud-Belkacem se tourne spontanément vers Yvette Roudy. En effet, personne ne la précède à ce poste, dans le gouvernement de François Fillon. Les deux femmes se retrouvent donc, deux jours après les passations de pouvoir des autres membres du gouvernement Ayrault, pour célébrer ce retour d’un ministère emblématique du premier septennat de François Mitterrand.

Dans le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, comme autour d’Yvette Roudy en 1981, on retrouve de nombreuses personnes ayant milité précédemment en faveur du féminisme. Pourtant, les associations, qui s’inscrivent souvent dans la lignée du mouvement de mai 68, n’ont cessé de vouloir faire de la politique « autrement ». Cela passait pour les féministes par l’autonomisation de leur mouvement vis-à-vis  des partis politiques. Encore aujourd’hui, un mouvement comme « Osez le féminisme » choisit de publier un manifeste dans lequel il affirme sa volonté de préserver “l’indépendance de l’association”. Selon ce texte, “Osez le féminisme” ne souhaite soutenir “aucun parti politique”,  “projet d’un parti” ou “personnalité politique. Si les adhérents peuvent militer pour le parti de leur choix, les mouvements féministes voient dans leur indépendance une condition indispensable pour être entendus par les politiques.

En mai 2012, Caroline de Haas, fait son entrée au ministère des droits des femmes. Elle est nommée conseillère chargée des politiques féministe, et représente le principal relais de Najat Vallaud-Belkacem auprès des associations féministes. La jeune femme de 32 ans est l’ancienne porte-parole du mouvement Osez le féminisme, créé en 2009, à l’origine de plusieurs campagnes comme “Osez le clito”, sur la sexualité féminine, ou “les hommes se lâchent, les femmes trinquent”, pendant l’affaire DSK. Par ses méthodes de communication, l’association s’inscrit dans le mouvement appelé “nouveau féminisme”, moins rigoriste sur les principes, et plus portées sur la communication et le buzz. Là où le mouvement féministe majoritaire français refuse de participer au jeu politique traditionnel, le passé de Caroline de Haas explique ses fonctions ministérielles actuelles.

Parallèlement au féminisme, Caroline de Haas s’engage à l’Unef et chez les jeunes socialistes: une rampe de lancement traditionnelle pour de futurs responsables socialistes. Au sein du ministère, elle montre son volontarisme sur les dossiers importants comme la loi sur le harcèlement sexuel. Elle exprime également sa volonté de diffuser du féminisme partout.

Caroline de Haas devra prouver qu’elle n’est pas condamnée à décevoir les revendications des féministes. Elle essuie déjà ses premières critiques de la part des militantes, comme Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail.

Chez “Osez le féminisme”, une de Hass part, mais une autre arrive. Magali de Haas est, en effet, la nouvelle porte-parole de l’association. Un mouvement qui devra prouver qu’il peut rester indépendant, comme il le professe, malgré cette nouvelle présence ministérielle.

 

     Simon Leplâtre

       Yohan Vamur