Petite histoire de la presse féministe

24 octobre 2012
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A l’heure où Causette fait mentir la thèse de la mort de la presse papier, nous vous proposons un retour non-exhaustif sur un genre parallèle.

Une histoire de la presse féministe en 6 titres.

 

La Fronde

Des feuilles de choux féministes, il en existe depuis la fin du XVIIIe siècle. Grosso modo depuis Olympe de Gouges, auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et que l’on qualifie souvent de première féministe de l’Histoire de France. Même s’ils se sont appelés “La Tribune des femmes” où “Le Quotidien des femmes”, noms s’inspirant clairement des quotidiens de l’époque, on peut difficilement parler de journaux au sens propre du terme. Il s’agissait bien plutôt de parutions militantes déstinées à soutenir la cause des femmes.

Le premier journal ayant à la fois une ligne éditoriale féministe et un vrai projet journalistique, n’a été créé que cent ans plus tard, en 1897. La Fronde. Ce quotidien a été fondé par Marguerite Durand, une journaliste du Figaro, boulversée par sa visite au Congrès féministe international un an plus tôt. Il est dirigé, administré et composé uniquement par des femmes. L’initiative est d’ailleurs plutôt bien accueilli. Mais celui que l’on surnomme “Le Temps en jupon” en référence à un grand quotidien de l’époque, connait assez vite des difficultés financières et péréclite en 1903.

Elle

En parlant d’Hélène Lazareff, sa copine et fondatrice du magazine Elle, Françoise Giroud n’y va pas par quatre chemins. “Elle pensait profondément que les femmes sont sur terre pour séduire des hommes puissants et prospères de préférence, et pour les garder. Elle a créé « Elle » dans cet esprit : comment être belle de la tête aux pieds, et devenir une séduisante captatrice d’hommes.”

Fondé en 1945, le magazine est le symbole d’un nouveau féminisme modéré et bourgeois. Elle s’adresse à la femme au foyer et traite des sujets un brin émancipateur. Si peu d’ailleurs, que la ligne éditoriale bascule progressivement vers le magazine de mode. Aujourd’hui, le magazine paraît dans 42 pays et est lu par près de 20 millions de femmes.

F Magazine

Les luttes féministes des années 1970 accouchent de F Magazine en 1978. Le mensuel est lancé à quatre mains par Claude Servan-Schreiber et Benoîte Groult.

Pour le numéro 1, Claire Brétécher pose sur la couverture, un de ses dessins tatoués sur son épaule dénudée.

En 1979, le mensuel publie ce qu’il considère être “la première enquête française sur la vie sexuelle des femmes”. Avortement, pilule mais aussi cantine scolaire et livres pour enfants, F Magazine se veut féministe mais rate sa cible. Le mensuel est considéré comme trop bourgeois. Il durera quatre ans.

En 1982, F Magazine s’arrête.

Bagatelle

1993 : on déshabille les hommes.

Bagatelle se lance avec comme slogan “le magazine de la femme sensuelle” qu’il transforme en “magazine féminin qui déshabille les hommes” dès le deuxième numéro.

“Faites de votre homme un super coup”, “Faut-il le tromper ?”, “Les caresses qui les affolent”. Dès le numéro 1, Bagatelle donne le ton. La revendication du plaisir féminin est au coeur de la ligne éditoriale. Une manière comme une autre de jouer les féministes… a minima, comme l’explique Béatrice Damian-Gaillard et Guillaume Soulez dans leur article “L’alcôve et la couette” :

“ « Libérer » les hommes se résume essentiellement à pouvoir les déshabiller et jouir de leur corps. Se libérer, comme femme, c’est reconnaître et exprimer enfin le plaisir que l’on peut prendre dans une sexualité affranchie des représentations traditionnelles qui donnent à l’homme le rôle principal, quitte à jouer à la « femme objet », ce qui écarte immédiatement Bagatelle du discours féministe. C’est pourquoi on peut dire que Bagatelle imite le langage revendicatif des revues féministes plutôt qu’il ne défend une cause proprement féministe.”

Dès le deuxième tirage, Bagatelle passe de mensuel à bi-mensuel. Six mois après son lancement il meurt, au bout de quatre numéros en 1994.

 

Causette

Le mythe voudrait que Grégory Lassus-Debat ait créé Causette “pour répondre aux attentes de (s)a petite amie et de (s)a sœur”. Bien inspiré, le trentenaire peut aujourd’hui se vanter d’être à la tête d’un magazine qui marche. Assez rare ces temps-ci pour être souligné.

La recette ? «On met en valeur les femmes plutôt qu’on ne les dégrade indirectement en sanctifiant des modèles qu’elles n’atteindront jamais» (Libération du 4 avril 2011).

Dans les faits, Causette est un magazine qui propose des enquêtes et des reportages en lien avec des sujets internationaux et de société. Un peu de sexe aussi, mais réfléchi tout de même : “Acoustique de l’orgasme”, “La vulve du bout des lèvres”, “Mystique jouissance”… De la place pour la culture et des chroniques parmi lesquelles le fameux rendez-vous “On nous prend pour des quiches”, dans lequel la rédaction pointe du doigt une publicité sexiste ou un objet machiste.

Couverture au papier mat, graphisme léché, ton impertinent, Causette s’applique pour être à la hauteur des 4,90 €. Une qualité dans l’air du temps, “Tout le monde disait : « la presse papier est finie, l’avenir est à l’Ipad » Mais ils oubliaient un principe de base : le rapport à l’objet, le plaisir du toucher, l’odeur du papier et de l’encre, le laisser vieillir…”, rappelle Grégory Lassus-Debat sur le site www.deswarteandpartners.com.

Plus de trois ans après le premier numéro de Causette en mars 2009, le mensuel a quintuplé son tirage pour être aujourd’hui tiré à plus de 100 000 exemplaires en moyenne (chiffres OJD).

 

Les Nouvelles news

Trois mois après Causette, Les Nouvelles news se créent sur internet. Isabelle Germain et son équipe veulent donner autant de place aux hommes qu’aux femmes.

“Aujourd’hui, dans les médias d’information générale, les femmes représentent moins de 20 % des personnes citées et elles sont en général stéréotypées (mère de famille, victime, épouse, anonyme…) Les hommes aussi par conséquent”, écrit Isabelle Germain, fondatrice des Nouvelles News et directrice de publication, dans son éditorial.

Environnement, politique, culture mais aussi chronique, Les Nouvelles News brosse tous les domaines d’information.

Sans homme à déshabiller.

Tiphaine Crézé et Julien de Saint-Phalle