Les sites nucléaires hermétiques au vote vert

25 octobre 2012
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Dans les zones proches des centrales nucléaires françaises, les écologistes peinent à attirer les électeurs. Pour ces campagnes où l’activité nucléaire offre emplois et retombées économiques, le discours vert ne prend pas.

Le risque nucléaire n’y change rien : les Français qui partagent leur commune avec une centrale la défendent jusque dans les urnes. Au sein des 19 municipalités accueillant un site nucléaire, le vote écologiste qui prône leur fermeture est, à chaque élection présidentielle, quasi systématiquement plus faible qu’à l’échelle nationale. En 2012, seules deux communes, Chinon et Fessenheim, ont donné à Eva Joly plus de 2 % des suffrages. Dans le village de Paluel en Seine-Maritime, où EDF exploite depuis 1986 quatre réacteurs nucléaires, Europe-Ecologie-Les-Verts ne récolte pas un seul vote.

Pour Djamila Sonzogni, conseillère régionale EELV en Alsace, à proximité des centrales, le terrain n’est pas fertile au vote vert. « À Fessenheim et dans les villages aux alentour, si on organisait un référendum sur la fermeture de la centrale, le “non” l’emporterait à coup sûr. »

Dans cette commune où est basée la plus ancienne centrale française en exploitation, 43 % de la population vit du site nucléaire. Grâce aux retombées économiques, la municipalité se targue d’avoir une des taxes professionnelles les plus basses de la région. L’exploitant, EDF, verse chaque année quelque 16 millions d’euros de taxes aux collectivités locales. En 2006, la taxe professionnelle de la commune provenait à 70 % du site nucléaire. Et les Fessenheimois sont bien lotis. Grâce à la centrale, le budget communal est très largement excédentaire et la municipalité se voit ainsi généreusement équipée en installations collectives pour une commune de 2 000 habitants : piscine, médiathèque, grande salle de spectacles. Pourtant les élus verts ne baissent pas les bras. « On tracte, on organise des manifestations, on essaie de faire comprendre aux gens que fermer la centrale va créer d’autres emplois pour le démantèlement du site, dans les énergies vertes… Mais le message ne passe pas », soupire Djamila Sonzogni.

Et la tendance ne se limite pas aux communes d’implantation. Dans les zones alentour, le vote vert est deux fois moins fort qu’à l’échelle nationale. Là encore, les enjeux économiques prennent le dessus sur les préoccupations environnementales. Au total, 5 500 habitants vivraient de l’activité de la centrale de Fessenheim dans les territoires de Colmar et Mulhouse (salariés, emplois indirects, emplois induits et leurs familles).

Sur les 260 000 électeurs français qui habitent à proximité d’une installation nucléaire (dans une zone située entre 15 et 40 km de distance), seuls 1 % d’entre eux ont voté pour Eva Joly, la candidate d’EELV (contre 2 % au niveau national).

Au-delà de cette distance et jusqu’à 80 kilomètres alentour, le vote vert est en moyenne légèrement supérieur au score national. On ne voterait donc pas écologiste sur le site même où la centrale apporte emplois et ressources, mais un peu davantage à proximité, dans les endroits où l’on en perçoit le risque potentiel sans en avoir les avantages.

 

Romain JEANTICOU et Amélie MOUGEY.

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