Quand les sondages tapent à côté

25 octobre 2012
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En France, Jean Stoetzel, inspiré par l’Américain Gallup, importe les premières études d’opinion en 1938. Dans la foulée, il monte l’Institut Français d’Opinion Publique (IFOP) et choisit de recentrer les enquêtes d’opinion sur la politique. En 2012, jusqu’à 400 enquêtes d’opinion sur les intentions de vote des français auront été publiées avant le second tour de la présidentielle, lorsqu’il n’y en avait que 111 en 1981. Plus de sondages signifie-t-il plus d’erreurs ? Les Instituts ont en tout cas connu sous la Ve République, leur lot d’approximations.

Une large fourchette donne De Gaulle en tête de la présidentielle 1965  

“Le général de Gaulle obtiendrait entre 35 et 55% des suffrages”. La fourchette est large. Le soir du premier tour de l’élection présidentielle, le 5 décembre 1965, l’institut de sondage IFOP publie la première “opération estimation” de l’histoire française. A la sortie des urnes, le général de Gaulle pourrait être encore élu Président de la République dès le premier tour. Finalement, avec près de 45% des suffrages, De Gaulle sera contraint d’affronter François Mitterrand au second tour de l’élection. Cependant l’Institut, n’était pas dans le faux: il avait anticipé la perte de vitesse du général au fil des mois précédant le suffrage. En septembre, De Gaulle était crédité de 68% des intentions de votes pour le premier tour, trois jours avant l’élection, ils n’étaient plus que 43% à se prononcer pour l’homme du 18 Juin.

Les sondages confortent un De Gaulle pourtant sur le départ

En 1969, Charles De Gaulle conditionne son avenir à la tête de l’Etat à l’adoption de son projet de réforme sur les régions et le Sénat. “Dans l’ensemble êtes-vous favorables ou plutôt opposés à la réforme régionale ?” demande aux Français les 14 et 18 mars l’institut de sondage Sofres. La réponse est claire : 54% des Français s’y disent “plutôt favorables”. Sur la question de la réforme du Sénat, les Français sont plus réservés et s’y disent “plutôt opposés à 33%”. Qu’importe, la tendance est du côté du général. En 1969, neuf sondages réalisés avant le référendum donnent le “oui” vainqueur. Le 27 avril 1969, 53% des Français s’opposent à la réforme proposée par le général De Gaulle. Le lendemain, il quittera comme promis ses fonctions.

Le jour où Arlette Chabot a cru que Chirac avait déjà perdu

En janvier 1995, la droite a toujours deux candidats. Malgré un accord tacite avec Jacques Chirac, Edouard Balladur, Premier ministre sortant, décide de profiter de sa très forte popularité pour se présenter contre le maire de Paris. Il est largement en tête dans les sondages. Depuis près de huit mois, Jacques Chirac est à plus de 10 points de son rival à droite. Le 9 janvier, Arlette Chabot, au vu de tous les sondages disponibles, demande au président du RPR s’il compte se retirer de la course la présidentielle. Quatre mois plus tard, Jacques Chirac est élu Président de la République.

La trahison des instituts de sondage

S’il ne devait en rester qu’un, ce serait très certainement celui-là. Dans l’esprit des Français, 2002 est l’exemple type de l’incapacité des instituts de sondage à prévoir le résultat d’une élection. Cette année-là, mise à part un petit nombre d’articles mentionnant l’hypothèse de la défaite de la gauche quelques jours avant le scrutin, tout le monde semble persuadé que Jacques Chirac et Lionel Jospin seront face à face lors du second tour. Et pour cause, tous les sondages annonçent Lionel Jospin devant Jean-Marie Le Pen à l’issue du premier tour. Le dimanche soir à 20h, c’est pourtant le visage Jean-Marie Le Pen qui s’affiche à côté de celui de Jacques Chirac. Le leader du FN a fait 4 points de mieux que ce qu’on lui prédisait. Dans le même temps Lionel Jospin a connu la mésaventure inverse. Son score avait été surestimé de presque deux points. Pourtant, ce jour-là, la gauche est majoritaire en voix par rapport à la droite avec 42,96 % des voix contre 40, 56 %.

Mélenchon-Le Pen, CSA voit rouge

En 2012, tous les Instituts de sondages avaient anticipé le duel Hollande-Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle. Mais la question qui divisait vraiment les sondeurs était la bataille pour la troisième place. A plusieurs reprises, les enquêtes d’opinion placent Jean-Luc Mélenchon devant Marine Le Pen. Les 10 et 11 avril, l’Institut CSA crédite le leader du Front de Gauche de 17% des suffrages, tandis que son adversaire de l’extrême droite n’en recueillerait que 15%. A trois jours de l’élection, CSA anticipe bien la troisième place de Marine Le Pen mais surcote Jean-Luc Mélenchon, en lui prédisant 14,5% des suffrages. Au final, Jean-Luc Mélenchon arrivera bien quatrième de l’élection présidentielle mais “seulement” avec 11,11% des votes.

Et aussi

Législatives de 1968 : Sondage à l’appui, le quotidien L’Aurore annonce le 3 juin 1968 que la gauche va remporter les élections législatives haut la main. Quelques jours plus tard, la droite écrase la gauche au second tour, avec plus de 60 % des suffrages.

Présidentielle de 1981 : Un an avant les Français sont majoritairement opposé à l’abolition de la peine capitale. Interrogés à ce sujet, 82% d’entre déclarent qu’ils ne voteront pas pour un candidat qui voudrait supprimer la peine de mort. En 1981, François Mitterrand est élu. Parmi ses “110 propositions pour la France”, la 53e est l’abolition de la peine de mort.

Référendum de 2005 : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ? » La question posée par référendum aux Français en 2005, recueille un “Non” ferme à 54,68 %. Pourtant, avant les cinq dernières semaines précédant le scrutin, aucun sondage n’avait annoncé le rejet du texte.

 

Nicolas Feldmann et Julien de Saint Phalle

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