La réforme des rythmes scolaires renforce les inégalités entre communes rurales et urbaines

5 février 2013
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Le sujet est sur toutes les lèvres dans les villages. “Sur 150 mails reçus aujourd’hui, 80 proviennent de maires qui me posent des questions sur la réforme des rythmes scolaires » assure Cédric Szabo, directeur de l’association des maires ruraux de France. Les interrogations affluent depuis que François Hollande a annoncé en novembre que l’État aiderait les communes à mettre en place cette réforme.

Conduite par le ministre de l’éducation Vincent Peillon, la réforme étale le temps de travail des élèves, jusqu’alors trop concentrés, et rallonge la pause du midi. Les élèves devraient donc perdre une demi-heure de cours chaque jour. La perte sera compensée par une matinée de travail en plus, le mercredi ou le samedi, au libre choix des communes.

Mais le premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé que la sortie des classes sera toujours fixée à 16h30, pour ne pas mettre en difficulté les parents. C’est là que le bât blesse pour les communes. Le temps dégagé, environ trois heures par semaine, sera remplacé par des activités périscolaires. L’école primaire étant une prérogative municipale, ces activités devront être prises en charge financièrement par ces communes. Soit un surcoût de 150 euros par élève, selon l’association des maires des grandes villes de France. “Et encore, c’est une fourchette basse”, avertit Cédric Szabo. “Notre association l’estime plutôt à 300 ou 400 euros par élève”.

Le gouvernement a promis de verser 50 euros par élève aux communes, 90 euros pour les communes “les plus en difficulté”. Pour Cédric Szabo, le compte n’y est pas, en particulier pour les communes rurales. “L’éducation représente une dépense importante pour les petites communes : souvent 40% de leur budget. Ce pourcentage est beaucoup moins élevé dans les grandes villes, car l’Etat leur verse proportionnellement plus d’aides qu’à nous. Il faut dire qu’il y a plus d’électeurs dans les villes…”

 

Principal problème: trouver des encadrants

 

Les petites communes souffrent aussi d’un déficit de structures. “11 000 communes font déjà du périscolaire, ce qui veut dire qu’il n’y en a pas dans les 25 000 autres. La création de ces structures va représenter un coût supplémentaire”.

Mais le principal problème pour ces communes reste de trouver des encadrants. “Il faut les chercher dans des villes éloignées de l’école, tout cela pour travailler 45 minutes par jour. Ce n’est pas évident. Lors des négociations, Matignon nous a dit “vous n’avez qu’à embaucher vos instituteurs”. Certaines petites écoles n’en ont que deux. Cela ne suffit pas pour encadrer les élèves”. La loi dispose en effet qu’il faut un encadrant pour dix enfants. Pour aider les communes rurales, l’Etat a promis de repousser ce seuil à quatorze enfants. “Mais on attend encore les décrets…”.

À cause de ces écueils, la réforme risque d’être repoussée. Jean-Marc Ayrault tablait en novembre pour une réforme qui s’étalerait sur les rentrées 2013 et 2014. “Des spécialistes parlent aujourd’hui de 2015”, raconte Cédric Szabo. “Qu’on ne s’y trompe pas: les maires ruraux soutiennent la réforme. Un maire m’a dit: “mon école, c’est ma carte de visite”. Quand la réforme améliore l’école, on la soutient. Le problème, c’est que les petites communes vont devoir se débrouiller”. Se débrouiller, autrement dit couper dans les dépenses ou augmenter les impôts pour compenser tous ces surcoûts

 

Julien Mucchielli et Pierre Wolf-Mandroux

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