Les Afghans discutent sur deux fronts

6 février 2013
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Afghanistan, Pakistan, et Royaume-Uni réunis pour de nouvelles négociations de paix. La conférence qui s’est tenue lundi 4 février entre les trois pays a fixé un objectif : aboutir dans les six mois à venir à un accord de paix avec les insurgés. Grands absents de ces discussions, les Taliban. Cette conférence était pourtant censée relancer ce que l’on appelle le processus de Doha : des contacts encouragés par le Pakistan et les Etats-Unis qui visent à réconcilier les Taliban et le gouvernement Karzaï. Un processus bloqué par une défiance réciproque, à laquelle s’ajoute un canal de discussions parallèle.

Le président afghan Hamid Karzaï (gauche) et son homologue pakistanais Asif Ali Zardari (droite) avec le Premier ministre britannique David Cameron, près de Londres, le 4 février 2013 (David Parker, AFP)

La formule diplomatique est la même depuis 1988 et les accords de Genève. Une formule éprouvée, qui consiste à encourager un processus de paix dans un pays en guerre. En Afghanistan, ces négociations officielles sont portées par deux protagonistes indirects : le Pakistan et les Etats-Unis. Le premier est un voisin, refuge et soutien des insurgés. Il a aujourd’hui tout intérêt à engager des relations apaisées avec l’Afghanistan et se placer pour l’avenir. Autre acteur incontournable : les Etats-Unis. Ayant mené de front la chasse aux Taliban, ils souhaitent aujourd’hui aboutir à un compromis.

C’est donc bien un jeu à quatre qui se noue : entre Hamid Karzaï, les Taliban, le Pakistan et les Etats-Unis. Les prémices de ces négociations ont commencé en 2011. Il s’agissait d’établir de premiers contacts avec les différentes parties. Inviter les Taliban à la table des négociations, c’était reconnaître leur existence et leur donner la possibilité de s’exprimer par des voies officielles. Dès le départ, la défiance entre Hamid Karzaï et les Taliban est grande. Chacun fixe ses conditions et elle n’ont pas bougé depuis. Le gouvernement afghan est clair : il ne cautionnera pas l’ouverture d’un bureau politique des Taliban tant que ces derniers ne le reconnaitront pas. Les insurgés réclament eux la libération des prisonniers taliban détenus à la base américaine de Guantanamo et le retrait de l’ensemble des soldats de l’Otan du pays.

Ce premier canal de discussions, « track 1« , a donné peu de résultats. Les premiers contacts ont eu lieu en janvier 2012. Un accord avait été conclu pour l’ouverture d’un bureau politique des Taliban dans un pays tiers. Il s’agissait en quelque sorte de leur donner une adresse. La ville de Doha était alors à l’ordre du jour. On a ensuite évoqué des pourparlers en Arabie Saoudite entre les deux parties adverses. La dernière rencontre en date est celle de Londres, où n’étaient pas les Taliban. Ce processus de négociations se veut rassurant et relayé par les médias mais a finalement peu d’effet. Un processus inefficace qui laisse la place à d’autres discussions, plus secrètes.

Track 1 / Track 2

En parallèle du processus de Doha, des discussions à huis-clos sur « l’Afghanistan à l’horizon 2020″ sont menées à Chantilly (Oise). C’est la piste n°2, « track 2 » en termes diplomatiques, pour que les discussions aboutissent à l’organisation de négociations entre les différentes parties. Les rencontres de Chantilly sont organisées par la Fondation pour la recherche stratégique – un think tank -, avec l’appui du Ministère des Affaires étrangères. Trois sessions ont déjà eu lieu : en novembre 2011, juin et les 20-21 décembre 2012.

Si Doha, pourquoi Chantilly ? Une des différences fondamentales entre les deux « pistes » est dans la composition des acteurs présents. A Chantilly, les discussions sont exclusivement interafghanes. Autour de la table : une vingtaine d’Afghans (représentants du gouvernement Karzaï, des Taliban, de l’opposition politique et du Haut conseil pour la paix en Afghanistan). Le tout encadré par quelques experts français et des membres du Quai d’Orsay. Sans Américains ni Pakistanais.

L’objectif de ces deux jours de décembre ? « Laisser s’exprimer les uns et les autres, qu’ils s’écoutent et que la discussion s’engage dans les meilleures conditions possibles« , affirme Camille Grand, directeur de la FRS. Ce terrain neutre constitue l’opportunité pour diverses composantes de la société afghane de dialoguer à l’abri des regards indiscrets. Car avant d’envisager l’hypothèse de la négociation, il faut passer par la discussion. Ce qui n’est pas chose aisée vu les conditions requises par le gouvernement Karzaï et les Taliban.

Julia Chivet et Laurent Di-Nardo Di-Maio

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