La Syrie, théâtre d’un affrontement confessionnel régional

7 février 2013
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Le massacre le plus marquant de la guerre en Syrie s’est tenu le 25 mai dernier à Houla, près de Homs. 108 cadavres ont été retrouvés. Parmi eux se trouvaient 49 enfants et 34 femmes selon l’ONU. Des vidéos les montrent le crâne fendu et la gorge tranchée. L’ONU tient l’armée de Bachar Al-Assad pour responsable.

C’est sur les raisons de ce massacre que les choses se compliquent. Le massacre a-t-il été motivé par des facteurs religieux ? Les victimes étaient majoritairement sunnites, et les milices suspectes chiites. Des graffitis à la gloire des alaouites, du nom de cette minorité religieuse à laquelle Bachar Al-Assad appartient et qui représente 10% de la population syrienne, ont été inscrits sur les maisons des victimes. L’enquête de l’ONU suit son cours.

Une chose est certaine : les clivages interreligieux dans le conflit syrien se sont aggravés. Dans son dernier rapport de décembre 2012, la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie a estimé que la guerre civile était en train de devenir “sectaire par nature”. La contestation civile était pourtant parti de manifestations populaires qui regroupaient des personnes de toute confession, à l’image des premiers jours du Printemps arabe dans bien d’autres pays.

L’ONU étaye cette affirmation pessimiste en donnant plusieurs exemples dans son rapport. Les villes majoritairement alaouites servent désormais de bases de repli aux forces gouvernementales. L’armée d’Al-Assad s’attaque également à des civils sunnites selon l’ONU. Elle multiplie par exemple les descentes à Bosra, ville située au sud du pays. “Nous tuerons tous les sunnites de la région !” aurait hurlé l’un des soldats, selon un témoin. D’autres sunnites sont sortis de leurs voitures et tabassés lorsqu’ils se présentent aux checkpoints tenus par l’armée.

Ce raidissement des clivages interreligieux gagne aussi l’opposition syrienne, selon le même rapport de l’ONU. L’opposition a ainsi abattu les alaouites d’un contingent gouvernemental constitué prisonnier à Latakia, dans le nord du pays. Les prisonniers sunnites du contingent, eux, ont été gardés en vie.

D’après un rapport d’Human Rights Watch, les rebelles ont brûlé un “husseiniya”, un lieu de culte shiite, dans le nord du pays à Zarzour. Ce lieu de culte aurait servi de baraquement aux soldats de Bachar Al-Assad avant que l’opposition ne s’en empare. Les rebelles ont également pillé deux églises chrétiennes de la région.

Si le clivage le plus prégnant est à trouver entre les sunnites et les chiites, les autres minorités (Druzes, Chrétiens, Kurdes, Turkmènes…) ne sont pas épargnées. Selon le rapport de l’ONU, beaucoup de celles qui habitaient dans des villes majoritairement sunnites ou chiites ont quitté leur maison. Les minorités qui se sont rangées derrière Bachar Al-Assad pour bénéficier de sa protection sont elles particulièrement visées par les rebelles. L’on retrouve parmi elles certains groupes chrétiens, tels que les orthodoxes arméniens, ainsi que les druzes.

Internationalisation du conflit

 

L’opposition sunnites-chiites est aujourd’hui au coeur de la guerre civile. Depuis plusieurs mois, des combattants affluent d’autres pays musulmans, pour combattre pour ou avec Bachar El Assad.

L’Irak et le Liban en sont le meilleur exemple. Si l’on peut constater une provenance résiduelle de ces combattants depuis l’Afrique du nord ou les pays du golfe, ce sont ces deux pays qui fournissent le plus les rangs des deux camps. Au Liban, les combattants du Hezbollah, chiites viennent soutenir le régime contre le péril sunnite. Preuve de leur détermination, ils font abstraction de leur mauvaise considération des alaouites, secte déviante de l’islam, pour s’opposer à l’ennemi commun.

Le schéma est très proche en Irak. Sous domination chiite depuis la chute de Sadam Hussein, ces derniers n’hésitent pas à suivre la même démarche que leurs homologues libanais. Et de ce pays, proviennent également nombre de combattant sunnites qui, eux, combattent aux côtés de l’armée syrienne libre (ASL).

Cet afflux de combattants étrangers témoigne de l’internationalisation du conflit syrien, axé autour de l’opposition sunnites-chiites.

L’Iran, qui compte énormément sur l’axe Iran-Irak-Syrie-Liban pour constituer une force chiite régionale, s’en trouve empêchée par la rébellion syrienne. Celle-ci, à majorité sunnite, est appuyée par les forces du golfe, qui espèrent faire vaciller Téhéran. La Syrie, à 80% sunnite, a toute les chances de changer de régime dans les mois – ou les années – qui suivent. Ce qui redistribuerait les pouvoirs d’influence dans le monde moyen-oriental. Pour preuve de ce basculement sunnite, le Hamas, jusqu’ici allié de l’Iran et du Hezbollah libanais, est de plus en plus ouvertement soutenu par les monarchies du golfe – jusqu’à recevoir des financements conséquents.

 

 

Julien Mucchielli et Pierre Wolf-Mandroux