16,95 euros les 9 heures

8 février 2013
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Travailler plus pour gagner moins, c’est la difficile équation à laquelle sont confrontés certains chômeurs avec les calculs d’indemnités de Pôle emploi. Un problème soulevé par la Cour des Comptes dans son dernier rapport.

10,5 % de chômage au deuxième trimestre 2013. Les prévisions de l’Insee pour cette année ne sont pas pour rassurer les Français. Ni la Cour des Comptes, qui vient de publier en janvier un rapport sur le marché du travail visant à “mieux cibler les politiques” et dans lequel elle pointe les dépenses de l’Etat en la matière : 50 milliards d’euros par an, 2,5 % du PIB.

Un coût beaucoup trop élevé pour le Palais Cambon qui égrenne, le long des 170 pages de son rapport, les failles des politiques publiques de lutte contre le chômage. Trop clémente d’après la Cour des Comptes, l’indemnisation du chômage est “difficilement soutenable”.

En cause d’après le rapport, la large accessibilité de l’indemnisation “en raison d’une durée minimale de cotisation courte et d’une période de référence assez longue”, mais aussi une “durée d’indemnisation longue”. 24 mois : deux fois plus qu’en Allemagne, trois fois plus qu’en Italie.

Accroître les incitations au retour à l’emploi

Mais le vrai point noir, pour le Palais Cambon, c’est la faible incitation de retour à l’emploi de cette indemnisation. C’est pourquoi, parmi ses recommandations, la Cour des Comptes propose d’”accroître les incitations au retour à l’emploi”.

Car il est parfois plus avantageux de cumuler un temps partiel (dans la limite de 110 heures par mois) et les allocations chômage que d’augmenter son nombre d’heures travaillées. Dans un article du Monde.fr, Jean-Baptiste Chastand relate ainsi l’histoire d’un chômeur niçois privé d’indemnités en décembre “parce qu’il a trop travaillé”. Sans en faire de généralité, certains exemples laissent effectivement sceptiques.

Prenons le cas d’une personne de 37 ans, appelons-le Tancrède, ayant travaillé entré 1998 et 2012 et perçu le Smic pendant les douze derniers mois de son activité. Selon nos calculs, il a droit à une Allocation de retour à l’emploi (ARE ou “allocation chomage” pour les intimes) de 30,51 € par jour.

S’il travaille 26 heures par semaine au Smic, il cumulera un salaire net de 752,29 euros et une allocation chômage de 244,08 euros, soit, au total, 996,37 euros. En revanche, s’il travaille 27 heures par semaine, il ne sera plus éligible à l’allocation chômage et son revenu net s’élèvera à 781,55 euros. Soit 214,82 euros de moins que s’il avait travaillé une heure de moins. Un comble.

Pour dépasser à nouveau le seuil fatidique de 996,37 euros, il lui faudrait travailler 35 heures hebdomadaire, toujours selon nos calculs. Avec 9 heures ouvrées de plus par semaine, Tancrède ne gagnera donc que 16,95 euros de plus. Soit 1,88 euro de l’heure.

Tiphaine Crézé et Julien de Saint Phalle