Guerre d’un clocher autour du mariage pour tous

8 février 2013
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Les grands débats investissent les petits espaces. A une trentaine de kilomètres de Paris, Palaiseau, paisible ville pavillonnaire d’Essonne (91), possède plusieurs paroisses. L’intrusion du débat relatif au mariage pour tous a semé le trouble dans les équipes paroissiales catholiques.

C’est le cas notamment à Saint Michel, où Philippe, 55 ans, s’occupe de la préparation des mariages chrétiens pour les jeunes couples. “Nos sommes une équipe. Plusieurs couples organisent le catéchisme, les rencontres. Une préparation dure un an” précise t-il. Un jour, l’un des couples est chargé de préparer des prières universelles. “A l’intérieur de trois d’entre elles, on trouvait des références explicites à leur opposition au mariage homosexuel” s’insurge t-il. Immédiatement, il exige le retrait de ces passages, ce qui fut fait.

Philippe est pour le projet de loi. Il est également pour l’adoption et la procréation médicalement assistée (PMA), “mais pas la Gestation par autrui (GPA)”. Ce qui l’a gêné, c’est l’intrusion du militantisme dans la vie paroissiale. Selon lui, l’église n’a pas à s’immiscer dans les consciences. Et l’activisme de certains l’agace grandement.

Isabelle, elle, ne comprend pas cette position. Ancienne institutrice de 45 ans, elle est mère au foyer depuis plus de dix ans. Elle et son mari Bruno ont pris la tête du mouvement informel contre le mariage pour tous à Palaiseau. Il réunit 35 Palaisiens qui ont tous manifesté le 13 janvier. “Dès que l’on a entendu parler ce projet, c’est-à-dire lors des présidentielles 2012, on s’est engagé contre” affirme Isabelle, qui possède déjà une certaine expérience militante dans des associations locales. “Ce n’est pas tant l’union qui nous dérange, comme le PACS, que ce qui est induit derrière, c’est-à-dire l’adoption et la procréation médicalement assistée”.

Mails, tracts, article écrit pour le bulletin paroissial du secteur “L’écho de nos clochers”… Tous les moyens sont bons pour interpeller les paroissiens. Il faut dire que la question du mariage pour tous a grandi en importance à ses yeux. “Le sujet n’avait pas déterminé mon

vote pour les présidentielles. Mais aujourd’hui… J’ai discuté récemment avec la maire de Palaiseau, Claire Robillard (PS), et je lui ai dit “plus jamais je ne voterai socialiste”. Pourtant j’aime beaucoup notre maire. Elle est très ouverte à la discussion et a fait de bonnes choses”.

Les tensions se sont accrues au même rythme dans la paroisse Saint Michel. “Lors d’une sortie culturelle, j’ai demandé le droit de distribuer des tracts appelant à manifester”, se rappelle Isabelle. “Deux paroissiens avec qui j’ai de très bonnes relations ont alors élevé la voix, écoeurés: “Ça, jamais !”. Ils ont eu une réaction épidermique”. “Les échanges étaient un peu vifs”, confirme Daniel, l’un des deux paroissiens.

Isabelle a aussi vu les esprits s’échauffer lors d’une séance de catéchisme qu’elle a animé avec d’autres paroissiens. “A la fin de la réunion, une animatrice du catéchisme s’est levée. Elle a dit à tout le monde qu’elle trouvait choquant que l’on évoque la manif pour tous dans les annonces à la fin de la messe”. Deux animatrices l’ont ensuite rejointes pour la défendre. C’était la première fois que de telles dissensions se faisaient jour dans l’équipe d’animation, selon Isabelle.

 

Le prêtre reste neutre

 

Le prêtre de la paroisse Saint-Michel, Juvénal Rutumbu, a décidé de jouer l’apaisement. Lors de la messe qui a suivi la manif pour tous du 13 janvier, il a insisté dans son sermon sur le fait que tout le monde avait sa place dans l’église, homosexuels compris. En règle générale, Il évite de parler frontalement du sujet dans ces homélies. “Et je le comprends”, estime Isabelle. “Il a bien vu que c’était trop tendu dans d’autres paroisses, comme à Lozère, pas loin de Palaiseau”. A la fin d’une messe à Lozère, la personne chargée des annonces avait appelé à manifester contre le projet. Quelqu’un avait alors hurlé dans l’assistance: “Alors ça, c’est scandaleux !”. “Ça a provoqué un tollé général”, soupire Isabelle. “La semaine d’après, à une annonce semblable, des gens ont crié “Ah non, pas encore ça !””.

En quinze ans d’animation dans la paroisse, Isabelle ne voit que deux sujets qui aient suscité semblable passion. L’un est matériel (les prix élevés de la location de la paroisse) et l’autre doctrinal (la mise en place de veillées religieuses traditionnelles). Aujourd’hui, son mari distribue encore des tracts au marché. Mais Isabelle s’y refuse pour sa part. Elle souhaite apaiser les esprits. “Le débat est de plus en plus passionnel. Je ne fais plus que démarcher des

personnes pour qu’ils signent la pétition appelant à un référendum”. Une démarche qui n’est pas sans rappeler ces quelques versets de la Bible: “Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister” (Marc, 3.25).

 

Julien Mucchielli et Pierre Wolf-Mandroux

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