Les contrats d’avenir commencent mal

8 février 2013
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C’était l’une des grandes promesses de François Hollande. Une mesure phare qui participait de sa volonté de redresser la Franc, de relancer l’emploi chez les jeunes.

Le contrat d’avenir démarre timidement, voire balbutie. En trois mois, 4 900 de ces contrats ont été signés. L’écart apparat conséquent, avec les 100 000 envisagés par le gouvernement d’ici à la fin de l’année 2013. Sensé favoriser l’embauche, le salaire est payé à 75% par l’Etat pendant trois ans, pour des jeunes âgés de 16 à 25 ans (30 ans pour les handicapés). Ces avantages procurés à l’employeur n’ont donc pas encore trouvé leur traduction dans le monde du travail.

Ce retard est d’autant plus étonnant que de nombreux conseils régionaux ont payé de leur poche pour compléter le financement de l’Etat sur ces contrats, qui représente déjà jusqu’à 75% du salaire. Sans succès.

Pourquoi un tel retard au démarrage ? Pour Emmanuelle Pitel, coordinatrice à l’association des missions locales Ile-de-France, la principale difficulté tient à la longueur de ces contrats. Les jeunes bénéficiant de ces contrats sont en effet engagés en CDI ou bien pour des CDD allant de un à trois ans. “L’employeur s’engage ensuite à former le jeune sur trois ans”. Cette durée inquiète certaines collectivités locales et associations qui n’ont pas l’habitude de former des jeunes non diplômés sur une telle durée.

 

“L’aide de l’Etat à la formation de ces jeunes, qui se fait via Pôle emploi et les missions locales, n’a pas encore été débloquée dans certaines régions”, ajoute Emmanuelle Pitel. Les employeurs se retrouvent donc souvent dans l’expectative. Sans compter que nombres d’entre eux n’ont aucune idée de la manière dont les formations s’organisent. “C’est tout neuf pour beaucoup d’entre eux. Pour y remédier, il faut faire beaucoup de pédagogie”, insiste-elle.

 

C’est à des organismes tels que le sien que revient la tâche de travailler avec les collectivités pour sensibiliser jeunes et employeurs. Certaines antennes régionales de pôle emploi devraient d’ailleurs lancer dans les semaines qui viennent une campagne de communication sur le dispositif. En attendant, de nombreux élus locaux dressent le constat d’un manque de candidats aux contrats d’avenir. « Nous avons beaucoup de jeunes en grande difficulté sur le territoire, mais visiblement, ils ne postulent pas », estimait ainsi Jacques Chabot, président d’une communauté de communes charentaises, dans le Monde.

 

La faible qualification des jeunes concernés par le dispositif représente un autre frein à l’embauche. Et pourtant, ce sont ces jeunes non qualifiés que les emplois d’avenir visaient… « Il y a des freins à l’utilisation des emplois d’avenir par les associations du sanitaire et social. Nous n’avons pas tellement de postes de balayeurs ou de jardiniers à proposer, mais des emplois dans l’accompagnement à domicile, qui nécessitent des qualifications », expliquait Nicolas Clément, le directeur de l’Uniopss, qui regroupe les associations du secteur, au journal Le Monde. « C’est là où se trouve le principal gisement d’emploi dans notre domaine », confirmait dans le même journal Stéphane Darrigrand, qui travaille dans le patronat de l’économie sociale et solidaire.

 

L’aide à la formation avait été financée par l’Etat pour éviter que de telles réticences ne se fassent jour. De toute évidence, la chose n’a pas fonctionné. De nombreuses associations estiment que les emplois d’avenirs ont été mis en place trop tôt, sans que la formation de ces jeunes ait été pensée en amont. L’exemple le plus frappant est venu de la CAF de Toulon, au sein de laquelle six des dix-huit “employés d’avenir” avaient été licenciés à la fin de leur période d’essai fin décembre. Ces téléconseillers ne maîtrisaient pas l’informatique et multipliaient les erreurs au téléphone. Il reste désormais dix mois à l’Etat pour inverser la tendance et atteindre l’objectif des 100 000 emplois d’avenir.

 

Julien Mucchielli et Pierre Wolf-Mandroux

 

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