Qui sont les Taliban pakistanais ?

8 février 2013
By

On les confond systématiquement avec leurs voisins afghans. Pourtant, les Taliban pakistanais ont des objectifs et des moyens d’action radicalement différents.  Et le mouvement se veut de plus en plus actif, au Pakistan ou sur la scène internationale.

Un employé de l’hôpital de Peshawar transporte un homme blessé lors du double attentat de Charsadda, le 13 mai 2011. REUTERS/K. Parvez

Octobre 2012, une jeune fille de 14 ans est la cible d’un attentat à la sortie de l’école, dans le nord-ouest du Pakistan. Militante pour le droit des femmes à l’éducation, elle reçoit plusieurs balles, dont une dans la tête, tirées par les Taliban pakistanais. Ce mouvement islamiste créé fin 2007 multiplie les attentats et les actes violents, sur le sol national essentiellement (il revendique par ailleurs un attentat manqué en mai 2010 à New York). Le 3 février dernier, une attaque aux fusils d’assaut et aux lance-grenades, contre un poste de l’armée dans le nord-ouest du pays a fait 39 morts.

Régulièrement, la mouvance TTP (pour Tehrik-e-Taliban Pakistan) mène des opérations terroristes faisant des centaines de morts, qu’ils s’agissent de membres de l’armée ou de simples civils. Ces Taliban pakistanais n’hésitent pas non plus à égorger des dizaines de chefs tribaux et à faire preuve de la plus grande violence. Une radicalité qui les distingue d’emblée des Taliban afghans, dont ils ont certes repris le nom mais avec lesquels ils ont peu de liens. Les deux mouvements luttent de manière générale contre l’impérialisme américain et occidental, mais chacun à l’intérieur de son propre pays, dans des logiques propres.

Aucun “talibanisme” transnational ne s’est mis en place, selon Mariam Abou-Zahab, auteure de Réseaux islamistes : la connexion afghano-pakistanaise. Car si les TTP sont nés à la frontière pakistano-afghane, ils se sont rapidement éloignés de tout enjeu régional pour se consacrer à des objectifs strictement nationaux. Les Taliban pakistanais se veulent en effet être un mouvement politique radical, dirigé vers la conquête du pouvoir ; ils rejettent la Constitution actuelle et prônent l’instauration d’un Etat islamique régi par la Charia. Issu des réseaux tribaux, le mouvement s’est rapidement décloisonné et se veut présent sur tout le territoire, de Lahore à Karachi en passant par Peshawar.

Des mouvements hétérogènes

Mais Tehrik-i-taliban n’est pas la seule organisation terroriste au Pakistan. Loin de là. Les Américains ont inscrit six groupes pakistanais sur leur liste des factions terroristes. Mais selon de nombreux spécialistes, il pourrait y en avoir au moins 12 actives dans le pays. Parmi elles, certaines revendiquent, comme une large partie du TTP, une opposition nette avec le gouvernement pakistanais. D’autres, au contraire, ont tissé des liens très étroits avec l’État pakistanais. Selon le National consortium for the study of terrorism and responses to terrorism, Jaish-e-Mohammed a longtemps fait partie de cette deuxième catégorie.  L’organisation a évolué il y a quelques années. Elle s’oppose désormais clairement au gouvernement. Des membres de cette faction aurait ainsi participé à la tentative d’assassinat de Musharraf en 2003. Bien que l’Inter-Service Intelligence, les services secrets pakistanais soient soupçonnés de le financer, le gouvernement pakistanais a interdit le mouvement.

Le Laskar-e-taiba a également été interdit par le gouvernement pakistanais. Selon un rapport de Jayshree Bajora et Jonathan Masters, pour le Council on foreign relations, le L-e-T est  soutenu, comme Jaish-e-mohammed, par les services secrets pakistanais. Il fait partie des mouvements islamistes clandestins pakistanais qui assurent lutter contre l’ »occupation » indienne du Cachemire. Ils combattent aussi les persécutions dont est selon eux victime la minorité musulmane en Inde.
Les relations entretenues entre les différents groupes terroristes pakistanais ne sont pas claires. Seules certaines oppositions apparaissent, comme celle entre Jaish-e-Mohammed et les organisations Harakat ul-Mujahidin et Lashkar-e-jhangvi.

Au-delà de cette diversité nationale, le mouvement des Taliban pakistanais lui-même est loin d’être homogène. Il ne s’agit pas d’une force armée unifiée mais bien d’une coalition de milices, d’un regroupement plus ou moins informel de cellules pachtounes. Certaines s’apparentent à des gangs criminels destinés à amasser des fonds grâce à des kidnappings notamment, quand d’autres poursuivent un but strictement politique. Et les différentes factions ne s’expriment pas toujours d’une seule voix, même si toutes revendiquent un leader unique, Hakimullah Mehsud.
Une hétérogénéité qui fragilise le mouvement mais qui le rend par ailleurs plus insaisissable pour les autorités pakistanaises, impuissantes jusqu’à présent, malgré des offensives militaires de grande ampleur.

Ismaël Mereghetti et Yohan Vamur

 

Tags: , , , , ,