La désinflation, dernière étape avant la déflation ?

4 novembre 2013
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La soudaine baisse de l’inflation à 0,7% en rythme annualisé, annoncée par Eurostat jeudi 30 octobre, fragilise le retour de la croissance. Le ciel semblait pourtant s’éclaircir pour les économies de la zone euro, avec une reprise de 0,3% au deuxième semestre. Avec une perte de 0,4 point en un mois, la hausse des prix atteint son plus bas niveau depuis près de quatre ans, loin de l’objectif de 2% de la Banque centrale européenne (BCE), laissant craindre une déflation.

L’euro, qui a atteint un record depuis deux ans en s’établissant à 1,38 dollar le 30 octobre, fait peser la menace d’une dégradation des exportations mais aussi d’une déflation importée. Car, en achetant moins cher à l’étranger, le commerce extérieur pourrait contribuer à la baisse des prix.
Cette désinflation risque de se conjuguer aux politiques d’austérité qui ont amené à baisser les salaires dans certains pays du Sud de la zone euro, comme l’Espagne ou la Grèce.

A plus long terme, ce sont les taux d’intérêt réels qui menacent d’augmenter le poids des dettes publiques, qui correspond à 93,4% du PIB de la zone euro, en alourdissant la charge de la dette.

Dans ce contexte, la BCE va-t-elle agir ? Après une baisse du taux « refi » début mai de 0,75% à 0,50%, la possibilité d’une nouvelle baisse pourrait être envisagée afin de stimuler la création monétaire par le biais du crédit et donc favoriser l’inflation.

Mais, selon Claude De Lucia, économiste à BNP Paribas, « si certains membres du Conseil des gouverneurs sont favorables à un geste sur les taux directeurs, la majorité reste réticente » car « les Etats membres n’ont pas tous la même sensibilité aux variation du change ». En effet : les quantités de liquidité offertes par la BCE, par sa politique de taux ou non conventionnelle, ne se transmettent pas à l’économie réelle. Alors, entre les tenants d’une ligne expansionniste pour qui la BCE doit poursuivre dans cette voie et ceux qui s’inquiètent de l’augmentation de son bilan et plaident pour une fin de cette politique comme le président de la BundesBank Jens Weidmann, le débat est tendu.

Pour l’heure, la BCE mise sur une poursuite du programme OMT de rachat des dettes publiques en échange d’un programme d’ajustement budgétaire, et parie sur une stratégie de communication de « forward guidance », qui vise à dévoiler les orientations de taux pour les mois à venir, pour rassurer les marchés. Changera-t-elle d’orientation ? Ce sera l’enjeu du prochain Conseil des gouverneurs, le 7 novembre.

 

Pol-Rémy BARJAVEL et Youness BOUSENNA

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