nosdeputes.fr : le Big Brother de l’hémicycle

8 novembre 2013
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Vous voulez savoir si votre député est un bon élève et vous ne vous sentez pas de relire tout le journal officiel ? Rendez-vous sur nosdeputes.fr

Ce site, créé en septembre 2009 par quatre internautes membres de l’association Regards Citoyens, se propose de vous faire rentrer dans l’hémicycle sans quitter votre canapé.

Blond, brun, roux, barbu ou imberbe,  plutôt porté sur la question des anciens combattants ou du trafic ferroviaire, venant de la Creuse ou du Doubs, loquace ou plus réservé, vous pourrez tout savoir sur votre député. Y compris sa présence sur les bancs du Palais Bourbon : en vert, les bons élèves, en rouge, les adeptes de l’Assemblée buissonnière. Ce qui a valu à certains de se faire pointer du doigt par la presse.

 

Après le séisme Cahuzac, les sièges de velours de l’hémicycle ont tremblé jusqu’à réveiller des citoyens qu’on aimait à se représenter apathiques et grégaires. Pourtant, à en croire Tangui Morlier, cofondateur de l’association en charge du site, 1,4 millions de visiteurs ont consulté nosdeputes.fr l’an dernier. « L’important est de rendre l’information accessible à tous. Nous nous revendiquons comme des culture hackers (…) l’informatique est un outil qui peut permettre de valoriser les institutions démocratiques ». En somme, une sorte de démocratisation 2.0 d’un journal officiel aussi rébarbatif que désuet.

Certains débats passionnés comme le mariage pour tous ont mené des citoyens à consulter nosdeputes.fr et à ainsi redécouvrir le fonctionnement et l’importance de l’organe parlementaire. « Le site de l’Assemblée Nationale est fait pour les juristes. Le notre reprend ces informations mais les rend accessible aux citoyens. »

 

Mais alors qu’il se voulait un défenseur du travail des députés, le site s’est retrouvé critiqué par ces derniers. En tête des détracteurs, Alain Vidalies, ministre chargé des relations avec le Parlement a dénoncé les « effets pervers » des relevés de présence des députés. En effet, la comptabilité des présences n’étant pas autorisée, le site ne relève que les participations orales au sein de l’hémicycle. Les élus, attentifs à leur « cote » d’assiduité, s’empressent de prendre la parole. Y compris pour ne rien dire, ce qui menace, selon le ministre, la qualité des débats. D’autant plus que les interventions à l’assemblée ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. Travail d’investigation, lobbying, réflexion, présence sur le terrain, tout un travail quelque peu noyé sous ces statistiques. Une vision réductrice, donc, du travail parlementaire dont Tangui Morlier se défend : «  la page décrivant la présence des députés ne représente qu’1% des visites du site. C’est un choix éditorial des journalistes de ne retenir que cela. »

 

Si nosdeputes.fr se veut le journal officiel de demain, accessible à tous et interactif, le bilan reste encore mitigé quant à sa capacité à créer un lien autre que virtuel entre citoyens et députés. Seuls 10 élus ont répondu aux injonctions des internautes depuis la création du site.

 

Alexia ELIZABETH et Margaux STIVE

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