Politique migratoire : l’UE fait du surplace

8 novembre 2013
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Malgré les promesses de refonte de sa politique migratoire commune, l’Union européenne n’affiche pas de véritable cohésion sur cette question et la sécurisation des frontières demeure la seule ligne directrice.

 

Le débat est reporté après les élections européennes. En juin 2014. Le naufrage de 360 immigrés au large de Lampedusa n’a pas eu l’effet électrochoc attendu. Les 28 chefs d’Etat des pays membres de l’Union européenne(UE), réunis à Bruxelles les 24 et 25 octobre pour le Conseil européen, ont évité le sujet sensible de la politique migratoire.

 

Malte, Italie, Grèce : ces pays attendaient des solutions concrètes pour faire face à l’arrivée d’immigrés clandestins sur leurs côtes. Ils devront se contenter du lancement précipité d’Eurosur dès décembre. Ce nouveau système de surveillance des frontières permettra aux Etats de partager des informations quasiment en temps réel. Un dispositif qui confirme l’orientation de l’UE vers une politique sécuritaire de ses frontières extérieures.

 

« L’historique et l’analyse de la politique européenne d’immigration et d’asile montre l’écart entre l’affichage de cette politique et ses réels contours. C’est une politique d’immigration qui s’intéresse plus à la gestion des frontières qu’à la régulation des flux, une politique européenne peu harmonisée et solidaire », décrit Virginie Guiraudon[1], directrice de recherche au CNRS et spécialiste des questions migratoires dans l’Union européenne. Un manque de solidarité comblé par le rôle prépondérant d’une agence de surveillance.

 

La solution : Frontex ?

 

La gestion des frontières de l’Union européenne est confiée à l’agence Frontex depuis 2004. Chargée de coordonner l’action des gardes-frontières des 28 pays membres, l’agence est devenue la cible des critiques après le drame de Lampedusa. Un bouc émissaire efficace pour dissimuler la responsabilité de chaque pays.

 

« En se focalisant sur Frontex et en occultant les questions de politique de développement avec les pays sources, de l’immigration économique légale, des politiques de visas et d’asile communes, les élites politiques prennent l’Europe en otage », dénonce Sarah Wolff, maîtresse de conférences à l’université Queen Mary de Londres, dans un article du Monde.fr.

 

L’exemple de l’Espagne illustre les failles de l’Union européenne en matière de politique migratoire. En renforçant ses frontières par un important dispositif de caméras de surveillance, le pays a suivi à la lettre la ligne de conduite préconisée par Bruxelles. Effectivement, le nombre d’immigrants illégaux a baissé dans la péninsule ibérique. Mais en réalité, les flux migratoires se sont juste déplacés vers l’est de l’Europe.

Vanina DELMAS et Philippine ROBERT

 


[1] Dans l’article « L’Europe et les réfugiés : une politique peu solidaire » paru dans la revue Pouvoirs, janvier 2013

 

 

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