Faut-il être riche pour réussir en politique ?

13 novembre 2013
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L’argent, le nerf de la politique. Aux Etats-Unis, la course aux dollars est encouragée en période d’élection. Le financement des campagnes en France, lui, est strictement régulé. Mais la puissance financière s’arrête-elle à des règles de droit ?

Le nouveau maire de New York, défenseur des plus pauvres, a en partie financé sa campagne grâce à des patrons de hedge funds. L’argent est-il si important pour gagner aux Etats-Unis que même un candidat « très à gauche » court après les dollars ? Est-ce vraiment différent en France ?

Bill de Blasio vient de sortir vainqueur de la bataille des urnes à New York. Mais il avait déjà gagné la compétition de la levée de fonds. En octobre dernier, le Daily News saluait la performance du candidat démocrate dans la course aux billets verts pour financer sa campagne. En l’espace de trois semaines, de Blasio, qui prône un retour de la régulation dans les campagnes politiques, était parvenu à collecter 3,7 millions de dollars. Soit trois millions de plus que son adversaire républicain Joe Lhota. Parmi ses donateurs, on retrouve un syndicat d’enseignants, mais aussi des patrons de hedge funds. Curieuse alliance. D’autant plus surprenante que de Blasio, incarnation de l’aile gauche du parti démocrate, a fait campagne sur la taxation des riches et une meilleure redistribution des richesses. Au pays de Wall Street, le billet vert semble faire le bonheur et la bonne fortune électorale, peu importe la couleur politique, rouge républicain ou bleu démocrate.

Une situation inimaginable en France. Les donations venant de personnes morales (entreprises, lobby,…) autres que les partis politiques sont strictement interdites. Les particuliers ne peuvent aider un candidat aux élections municipales qu’à hauteur de 4.600 €. La législation française entend ainsi prévenir les conflits d’intérêt. Les candidats peuvent aussi être financés grâce à leurs partis politiques ou sur la base d’apports personnels. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques veillent à la conformité des dépenses électorales. Si ces dernières sont validées, le candidat, sous condition d’avoir obtenu un nombre de suffrages suffisant, pourra se les faire rembourser en partie.

L’argent : tabou français, fierté américaine  

L’Etat américain propose aussi un financement aux candidats. Mais presque tous le refusent. En effet, toucher cette aide publique impliquerait de renoncer à des fonds privés souvent astronomiques et de plafonner leurs dépenses. Or, c’est souvent une affaire de gros sous. Michael Bloomberg a ainsi déboursé 102 millions de dollars, soit 76,3 millions d’euros, pour sa troisième campagne à New York, ville de 8 millions d’habitants, en 2009. A titre de comparaison, en France, les dix candidats à l’élection présidentielle de 2012 avaient mobilisé 74,2 millions d’euros. Une somme dérisoire par rapport aux 2,5 milliards de dollars déversés dans la course à la maison blanche en 2012. Une grande partie de ce pactole provient de divers lobbys et de grandes entreprises. Dès son élection, le pouvoir politique a ainsi une “dette” importante envers les puissances économiques qui pourrait bien hypothéquer sa capacité à résister aux éventuelles futures pressions.

En France, le système de financement strict permet, en théorie, d’encadrer la collecte de fonds et de limiter l’influence des puissances de l’argent dans la campagne. C’est ainsi qu’un Philippe Poutou a pu mener campagne malgré ses revenus d’ouvrier. Le candidat élu n’est pas toujours le plus riche et le pouvoir sourit parfois aux modestes. Au printemps 2013, la publication des déclarations de patrimoine des ministres et d’autres élus de tous bords politiques, a pris parfois des allures de compétition pour déterminer qui aura le moins de biens et de capitaux. Des kayaks en carbone à la demi place de parking à Dijon, en passant par les voitures d’occasion, l’opération transparence-patrimoine va loin. Les millionnaires du gouvernement socialiste ont été montrés du doigt. Outre-Atlantique, la capacité de de Blasio à amasser les millions n’a pas suscité de telles passions.

Le modèle français est-il, pour autant, plus vertueux et imperméable à la puissance de l’argent ? Pas sûr, à en juger le nombre d’affaires politico-judiciaires qui fleurissent autour du financement des campagnes en France : Karachi, Bettencourt, Kadhafi, … Les candidats, aux moyens financiers limités par la loi, auraient cherché d’autres ressources, quitte parfois à tomber dans l’illégalité.

Qu’ils viennent d’un lobby douteux ou d’un dictateur véreux, il est très difficile de contrôler les flots d’argent qui arrosent la politique. Un modèle de financement de campagne  empêchant toute dérive éthique reste encore à trouver.

Vincent Pléven et Maxime Rousseau 

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