Les sommets franco-africains servent-ils encore à quelque chose ?

19 novembre 2013
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Quarante ans d’existence, presque autant de bonnes résolutions à chaque nouvelle édition. Les sommets franco-africains, d’abord organisés annuellement se tiennent désormais tous les trois ans. Pour cette 26ème rencontre les 3 et 4 décembre 2013, les thème principaux de discussion seront la paix et la sécurité dans le continent… Comme en 1998.

 

« La sécurité de l’Afrique, c’est l’affaire des Africains. Ce qui n’empêche pas qu’un pays comme la France ou que l’Europe vienne en appui ». Cette déclaration de François Hollande lors du 50 ème anniversaire de la création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) à Addis Abeba en mai dernier visait à rompre encore davantage avec l’image de « gendarme de l’Afrique » qui colle à la France. Pourtant, le président français s’est empressé d’inviter ses homologues africains au Sommet de l’Elysée qui se déroulera à Paris les 6 et 7 décembre.

Ce rituel diplomatique  dure depuis 1973 et tombe à point nommé après l’opération Serval au Mali et les événements en République démocratique du Congo. Des miettes de paternalisme à la française qui restent bien vivaces. « Nous voulons apporter tout l’accompagnement nécessaire à ces pays afin de laisser ces problématiques de sécurité de leur côté. Et il est vrai que c’est le bon timing pour ce sommet », reconnaît Lorris Mazaud, adjoint du porte-parole et délégué à l’Afrique et l’Océanie au Ministère des Affaires étrangères. Etre « afro-responsable » comme le dirait la ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq.

Au programme de ce sommet, trois thèmes inévitables quand il s’agit de décrire l’Afrique : la sécurité, la lutte contre le changement climatique et les échanges économiques avec la France. Mais la question du terrorisme dans la région nord-Mali et les enjeux économiques devraient monopoliser les débats. Et même si le ministère des Affaires étrangères assure que « c’est aux Africains de régler cette thématique entre eux », l’opinion du chef d’Etat français pourrait peser dans les solutions de sortie de crise qui seront proposées au cours de ce débat.

Selon le site jeuneafrique.com, un débat sur les violences faites aux femmes devrait rejoindre les thèmes classiques du sommet. Une initiative de François Hollande lui-même. Une question plus sociale et affective qui pérennise l’image sombre d’un continent gangrené par la violence.

Être invité ou ne pas l’être : tel est le bon compte

Le passé colonial français reste ancré dans les mémoires quand les relations diplomatiques avec l’Afrique sont en jeu. La liste des invités doit répondre à deux critères : ne pas bafouer l’éthique en invitant des personnes « indésirables » et  tisser de nouveaux liens avec des pays africains, ce qui est très important pour la diplomatie française.

« Certes on ne peut pas inviter les chefs d’Etat infréquentables ou ceux qui ont zéro légitimité, atteste Lorris Mazaud. Mais en tous cas, on ne peut pas avoir que des démocraties parfaites sinon il n’y aurait pas de débat », nuance-t-il. Le Soudan, par exemple, sera bel et bien représenté mais pas par son président, Omar El-Béchir, toujours jugé persona non grata et sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). François Hollande suit la trajectoire de son prédécesseur socialiste. En 1990, François Mitterrand avait mis le mot démocratie au cœur du sommet de la Baule. L’ouverture à la démocratie des pays africains était devenue la condition sine qua non pour bénéficier pleinement de l’aide française.

Aujourd’hui, ces invitations révèlent souvent des motivations économiques. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, avait profité d’une visite en Angola pour inviter son président José Eduardo Dos Santos au fameux Sommet. Les deux pays n’entretenaient pourtant pas de très bonnes relations depuis le scandale de l’affaire dite de l’Angolagate (une affaire qui avait alors ébranlé la politique française impliquée dans une vente d’armes soviétiques au gouvernement angolais). Alors pourquoi un tel intérêt soudain ? Indice : cette ex-colonie portugaise est en passe de venir le premier producteur de pétrole africain en 2014.

Une vitrine d’envergure internationale

Ces rencontres franco-africaines profitent finalement surtout aux pays africains. Être invité à participer à ce sommet implique une reconnaissance internationale. Une carte à jouer pour le continent africain. « L’Afrique veut envoyer un message positif aux institutions internationales et faire front uni vis-à-vis d’elles », souligne  Lorris Mazaud. Cette année, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et les principaux dirigeants européens (Herman Von Rampuy et José Manuel Barroso) seront présents au Sommet. Une vitrine de premier ordre pour l’Afrique qui rêve d’être représentée parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

Une occasion en or pour la France de rester l’intermédiaire privilégié de ce continent avec le reste du monde. Ainsi, François Hollande devrait évoquer la réforme des institutions financières internationales et surtout, l’ouverture des marchés européens aux produits africains. Des revendications qui rappellent les critiques de François Mitterrand envers les contraintes imposées par la Banque mondiale aux pays d’Afrique à Biarritz. C’était en 1994.

 

 

Alexia ELIZABETH,

Sehla BOUGRIOU

et Vanina DELMAS

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