Paris prend l’eau à bras le corps

19 novembre 2013
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La mairie de Paris a fait le choix de la régie publique pour la gestion de son eau en 2010. Plus récemment elle a fait le pari de relancer son réseau d’eau non potable. Qu’en est-il de la politique hydrique de la capitale ?

Il faut fermer le robinet pour se brosser les dents. Les petits gestes individuels sont bien connus. Et les collectivités, quelles économies d’eau réalisent-elles ? Sur la question, Paris se pose en exemple. Elle est une des rares villes à disposer d’un réseau d’eau non potable, héritage haussmannien, en parallèle de celui d’eau propre à la consommation qui mène aux robinets.

Trois usines fournissent cette « eau brute », puisée dans la Seine et le Canal de l’Ourcq et grossièrement filtrée. Pour quel usage ? Le nettoyage des égouts, des trottoirs… Mais elle remplit aussi les lacs des bois de Boulogne et de Vincennes. A raison de 170 000m3 consommés chaque jours par les services municipaux, le geste est non négligeable.

Au prix actuel de l’eau – 2,93€/m3 hors abonnement -, cela représenterait 498 100 euros par jour pour des activités qui ne nécessitent pas une eau luxueusement rendue potable. La mairie ne communique pas le prix de l’épuration de l’eau non potable. Si elle coûte forcément moins cher aux Parisiens, les économies réalisées ne sont pas précisément quantifiables.

Calcul gagnant

Le réseau parallèle avait été laissé à l’abandon avant que la municipalité de Bertrand Delanoë ne le remette au goût du jour. « Le Conseil de Paris a voté et acté à la quasi unanimité le maintien du réseau d’eau non potable mais aussi le fait qu’il soit reconfiguré pour de nouveaux usages », déclarait en mars 2012 Anne Le Strat, l’adjointe au maire chargée de l’eau. La ville estime qu’un démantèlement total du système coûterait plus de 600 millions d’euros alors que huit millions sont exigés pour investir dans sa rénovation.

 Ce geste écologique et économique ne se répercute pas pour autant sur le porte-monnaie des Parisiens. Il serait faux de penser que les prix de la capitale défient toute concurrence. Dans une enquête de l’UFC-que-choisir parue fin octobre, on apprend que la capitale ne figure pas parmi les 10 villes de plus de 100 000 habitants où l’eau est la moins chère.

Au contraire, sur le plan européen, l’eau de la capitale française reste l’une des moins chères. Selon une étude comparative réalisée pour la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau, Paris n’est pas une si mauvaise élève. Le m3 à Glasgow et Berlin coûte plus de 6 euros. Un luxe.

92% des Parisiens se disent satisfaits de la gestion de l’eau, selon les chiffres de la mairie. Un constat qui valide le choix du passage en régie publique, la bien nommée Eau de Paris en 2010. D’ailleurs, les fontaines à boire poussent dans la capitale. Summum du chic, on trouve même rue Neuve-Tolbiac (XIIIe) des robinets d’eau pétillante du millésime parisien.

Juliette HARAU et Vanina DELMAS

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