A quoi servent les militaires français au Tchad ?

25 novembre 2013
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La présence française au Tchad est la plus importante de toutes les opérations extérieures, après celle du Mali. Avec 950 militaires, l’opération Epervier a, officiellement, pour objectif de garantir la protection des 1 186 expatriés et d’apporter un soutien logistique aux forces armées et de sécurité tchadiennes. Pourtant, avec 30 000 hommes, une artillerie conséquente et une expérience sans égale des combats en milieu aride, l’armée nationale tchadienne est réputée la plus puissante de la région. Comment expliquer une présence française si importante ?

« La mission Epervier est une mission dont le but est de contenir les ambitions libyennes puis elle a progressivement changé de fonction dans la mesure où le Tchad nous l‘a demandé », rappelle Roland Marchal chercheur à Science Po Paris. Lancée en février 1986 pour contrer les forces libyennes qui s’emparaient du nord du pays, cette opération s’est muée en présence militaire permanente.

« C’est en réalité une base extérieure sans l’être officiellement, c’est un pays important pour l’entrainement de l’aviation et des soldats français », résume Roland Marchal. «  Notre présence au Tchad est utile géopolitiquement mais pas indispensable en cas d’opérations en Afrique ». Pourtant la France a pris la tête d’une coalition européenne au Tchad et en République centrafricaine entre 2007 et 2009, chargée en priorité de la gestion des réfugiés du Darfour. En février 2008, avec l’aide du président français Nicolas Sarkozy, et de Mouammar Kadhafi, Idriss Déby, le président tchadien, avait repoussé les rebelles. Les troupes françaises ont organisé la défense du palais. Sans le soutien de la France, il n’aurait pas pu contrer l’offensive de trois forces coalisées. Cette aide explique sans doute l’empressement du soutien tchadien à l’armée française durant l’opération Serval au Mali.

Selon Survie, association française qui milite contre la politique « néocolonialiste » française en Afrique, « les objectifs de cette opération sont d’intimider les rebelles et de donner une légitimité à la dictature d’Idriss Déby ». Plus largement, pour l’association créée en 1984 : « La France a pris pour habitude d’intervenir militairement dans des conflits internes, d’encadrer et d’équiper des armées et gardes présidentielles au seul service de dictateurs corrompus mais fidèles aux intérêts français. » En effet, Amnesty International a dénoncé, dans un rapport publié le 24 octobre, la répression violente du régime tchadien contre ses opposants. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme, « les homicides, disparitions forcées, placements en détention illégale et arrestations arbitraires de détracteurs du gouvernement sont beaucoup trop fréquents au Tchad et doivent cesser ».

En 2011, Alain Juppé alors ministre des affaires étrangères, avait remis en cause la coopération militaire avec le Tchad : « Notre dispositif ne se justifie pas. Nous ne souhaitons pas forcément rester dans le format actuel. » L’opération Epervier, qui aurait coûté 40 millions d’euros en 2010, ne connaît pour l’heure aucune révision.

Pol-Rémy BARJAVEL et Youness BOUSENNA

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