Fonctionnaires européens et managers

7 décembre 2013
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Les managers vont–ils  coloniser Bruxelles ? C’est la question que pose la réforme du concours  chargé de recruter les futurs fonctionnaires de l’Union européenne  (UE), trois ans après sa mise en œuvre. 300 places seulement sont  disponibles pour jusqu’à 45 000 candidatures chaque année. Cette  réforme favorise désormais la culture du management en mettant l’accent  sur les épreuves de communication, le travail d’équipe et l’obtention  de résultats au détriment de la culture générale, dont le questionnaire  a disparu.

« Dans le cas des nouvelles  politiques de recrutement, l’idée s’impose peu à peu qu’on n’a  pas besoin de spécialistes de l’Europe, mais de bons administrateurs  ou de bons managers on the job », analyse Didier Georgakakis, professeur de science  politique à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, dans « Do skills kill ? »,  article paru dans la Revue française d’administration publique. A son sens, le  concret est opposé aux connaissances dites « théoriques et abstraites ».

Pour Didier Georgakakis,  « la vision de long terme et la capacité à incarner un point de vue  européen neutralisé » des intérêts particuliers a laissé la place  à « une nouvelle définition de la compétence fondée sur (…) des  aptitudes personnelles ou comportementales » correspondant à « tout  style de management ».

Cette nouvelle impulsion  « managériale » résulte pour l’UE d’une volonté « d’entrer  dans la guerre des talents », comme l’indiquait le vice-président  de la Commission européenne Marcos Sefcovic en 2011. « Nous avons (…)  commencé à travailler sur notre image de marque, notre employer brand (…), être perçus comme un employeur moderne,  attractif », assure le commissaire slovaque.

L’UE cherche donc  à adapter son recrutement au marché du travail privé. « Dans ce marché  mondial de hauts talents, nous sommes en concurrence directe avec les  entreprises privées », explique David Bearfield, directeur général  d’EPSO, à EducPros.fr.

Didier Georgakakis considère  que ce type de recrutement « prend part au combat séculaire entre la  bourgeoisie économique et intellectuelle ». Mais, « la légitimité »  de cette nouvelle vision  proche du monde de l’entreprise « ne  va pas nécessairement de soi pour les fonctionnaires ». Plus encore,  il considère que la focalisation sur les compétences participe « de  la perte de sens qui affecterait aujourd’hui les institutions européennes ».

Pol-Rémy Barjavel et  Youness Bousenna