Thionville, Gao, même combat

10 décembre 2013
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Le jumelage n’est rien de plus qu’un panneau à l’entrée des villes. C’est ce qu’on dit. Thionville (57), jumelée avec Gao, victime de la guerre au Nord Mali, a décidé d’aller plus loin.

Juin 2012, la ville de Gao, qui était alors contrôlée par les touaregs du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) tombe entre les mains des islamistes du Mujao1. « Tout était détruit », se désole Dominique Morlaix, président du comité de jumelage entre Thionville et Gao. « Alors qu’avant on aidait régulièrement la population, nous avons dû tout arrêter avec l’occupation. Il ne fallait pas que les djihadistes détournent l’argent », poursuit-il. La chute du gouvernement d’Amadou Toumani Touré en mars 2012 entraîna le blocage du pays. L’administration, les banques, plus rien ne fonctionnait.

« On a pensé à arrêter le jumelage lorsque les djihadistes ont pris la ville » concède Dominique Morlaix. Mais les membres du comité n’ont pas baissé les bras. Ils ont finalement réussi à contourner l’emprise des terroristes en envoyant des fonds via un intermédiaire en ville. Ce programme d’aide d’urgence a permis d’acheter de la nourriture à destination des quartiers les plus touchés. La mairie de Thionville a décidé de débloquer 5 000 € supplémentaires pour Gao en guerre. Cela s’ajoute aux 30 000 € qu’elle distribue habituellement chaque année avec l’aide du ministère des Affaires étrangères et de la région Lorraine et qui sont bien parvenus à Gao malgré la guerre.

Les Thionvillois ont également mis la main à la pâte. « Même s’il n’y a pas beaucoup de Maliens dans notre région, la population a été très sensible » se félicite M. Morlaix. Près de 300 habitants ont assisté au concert d’amitié en mai 2013 qui permit de récolter 2 000 €. Ils ont également participé en nombre aux conférences d’informations et ont multiplié les appels de soutien.

La guerre a poussé Thionville à adopter des mesures humanitaires d’urgence qui ont renforcé des liens datant de 1986. Dominique Morlaix tient à préciser que le jumelage est un partenariat sur le long terme qui vise à stabiliser la région. Dès que la situation sera stable, le comité s’attachera à développer un système d’enseignement supérieur technologique axé sur l’agroalimentaire, l’assainissement des eaux et la gestion des déchets. De cette manière, il souhaite mettre fin à la fuite des cerveaux vers Bamako et éviter de nouvelles crises.

L’action de Thionville s’inscrit dans le cadre du fonds de solidarité des collectivités françaises pour le Mali et le Sahel, mis en place pendant la crise en juillet 2012. Au total, 170 collectivités se sont engagées dans 150 projets en cours. Celui qui pense que le jumelage n’est que de la poudre aux yeux est vraiment tombé dans le panneau.

 

Marion LOT et Maxime ROUSSEAU

 

1 Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest

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