Septembre, mois victorieux pour les poids lourds du tabac

11 décembre 2013
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Et si Bruxelles était devenue la capitale du lobby du tabac ? Pas forcément pour Guillaume Courty, spécialiste des groupes d’intérêt : « Il n’y a pas de capitale du lobbying, que des places fortes ». Ces dernières semaines, de nombreuses affaires tendent à montrer que ces luttes d’influence sont bien implantées dans la capitale européenne. L’Union européenne et ses décideurs politiques sont soumis à de fortes pressions des multinationales, telles que British American Tobacco ou Imperial Tobacco. Dernièrement, les cigarettiers ont obtenu quelques victoires marquantes. Le vote de la directive sur le tabac en est l’exemple le plus frappant.

La Commission européenne souhaite depuis quelques années durcir les règles de ce marché prospère. Avec la volonté de diminuer de 2% le nombre de fumeurs dans l’U.E., dans un délai de cinq ans. Un objectif relativement faible mais considéré comme une déclaration de guerre par les industriels.

Ces derniers vont dès lors débuter une intense campagne d’influence pour tenter d’enterrer cette directive. Leur plan se révèle terriblement efficace. Dans Libération,l’eurodéputée d’EELV, Michèle Rivasi, dénonce : «Nous avons reçu des petits cadeaux : du tabac, mais aussi des cigarettes électroniques… Au total, les cigarettiers ont dépensé près de 7 000 euros par député européen ».

Les objectifs du texte ont été revus à la baisse par les eurodéputés. Refus de considérer la e-cigarette comme un médicament, taille des avertissements sanitaires passés de 75% à 65% du paquet, conservation des cigarettes « slims »… L’adoption du texte corrigé est un coup dur pour les associations anti-tabac et les ONGs qui gardaient espoir quant aux conséquences positives de la directive.

Une lutte déséquilibrée

« Des moyens beaucoup plus importants et une main d’œuvre plus nombreuse et plus qualifiée ». Voilà comment Guillaume Courty explique le combat entre les lobbies d’un côté et les ONGs et les députés anti-tabac de l’autre.

Depuis quelques mois, c’est le groupe Philip Morris qui est sur le devant de la scène. Un groupe qui dépense des fortunes pour se faire de plus en plus influent à Bruxelles.

Un groupe qui n’hésite pas à flirter avec les limites légales en matière de lobbying pour tenter d’asseoir son influence. En septembre dernier, le Parisien a révélé un système de fichage de 177 députés européens, dont la totalité des 74 députés français. Mais pour Guillaume Courty, c’est loin d’être un scoop : « c’est le jeu, tout simplement ».La pratique du cigarettier peut choquer, mais elle n’a rien d’étonnant. Le mode opératoire des lobbies joue avec la morale, mais ils est accepté légalement ou tacitement. C’est ainsi que Corinne Lepage, Stéphane Lefoll ou encore Brice Hortefeux sont tous répertoriés et catalogués. Un code couleur a même été mis en place : le rouge désigne un député très opposé à l’industrie du tabac, le bleu sa proximité avec elle et le vert l’urgence d’une rencontre avec ce dernier. Le groupe nie ces accusations dans un communiqué publié sur son site internet, arguant que son comportement est « en adéquation avec les usages et conforme à ce que font d’autres entreprises, ONG ou autres groupes d’intérêt ». 

Un communiqué qui prouve la banalisation de cette relation entre élus et multinationales.Bruxelles est bel et bien l’une des places fortes du lobbying mondial.