Do you speak lietuviškai ?

4 mars 2014
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C’est un fait. La lourdeur et la lenteur technocratique sont dans l’ADN de l’Union européenne (UE). Le fait que 28 pays débattent dans 24 langues différentes n’arrange pas la situation. Mais l’Union européenne peut-elle faire autrement ?

Toutes les institutions européennes ont constamment besoin d’interprètes. Conférences, débats, propositions de lois… Si l’anglais, le français et l’allemand dominent, les langues des nouveaux membres comme la Croatie ou la Bulgarie n’en sont pas moins importantes, selon Andrea Raccano interprète belge accrédité par l’UE : « Il y a une véritable hiérarchie des langues pour l’interprétariat en Union européenne. Je parle français, anglais, espagnol, portugais et italien. Mais ces langues sont plutôt « faibles », puisqu’elles sont parlées par la quasi-totalité des interprètes sur le marché. C’est pour cette raison qu’en ce moment, j’apprends l’ukrainien, en espérant que le pays intègre bientôt l’UE ! ».

Pour Antanas Dambrauskas, interprète lituanien en « freelance » pour l’UE, ce multilinguisme est une bonne chose : « Parfois ce fonctionnement peut freiner le débat. Mais l’interprétation permet aux délégués d’exprimer leurs idées plus facilement en leurs langues maternelles, éviter des erreurs liées aux langues ». Et cela permet aussi de respecter la souveraineté de chacun et ainsi d’éviter de froisser les susceptibilités de chacun. C’est également l’avis d’Andrea Raccano : « Tout le monde ne comprend pas l’anglais, c’est un droit de pouvoir écouter une conférence dans sa langue. Toutes les langues ont la même importance au sein de l’UE ».

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Pourtant, l’anglais semple prendre le pouvoir à Bruxelles. Interprète depuis deux ans seulement, Antanas Dambrauskas est lucide quant à la place de cette langue dans le travail de l’UE : « Bien sûr, ce serait plus facile et moins cher de parler anglais à chaque réunion. Mais l’anglais donne un avantage énorme aux pays anglophones. Ils développeront plus vite et mieux leurs idées, pourront user de finesse, utiliser l’humour pour parvenir à leurs fins ». Il est vrai que pour traiter de sujets techniques, comme la sécurité alimentaire, une maîtrise parfaite du jargon employé est nécessaire : « Sur un tel sujet, un Lituanien n’aura pas la même maîtrise qu’un Britannique, voilà pourquoi il est important de conserver une interprétation en 24 langues, pour éviter une domination anglophone ».

Autre raison de respecter toutes les langues présentes dans l’Union : permettre à tous les citoyens, qu’ils soient Croates, Estoniens, Portugais ou Autrichiens, d’avoir accès aux débats qui se déroulent à Bruxelles. L’Union européenne doit être proche de ses citoyens et la langue doit y participer. « Si cela se passe autrement, je crois que nous risquons d’avoir une UE trop distante des citoyens lambda, qui ne sont pas nécessairement bons en langues ou capables de comprendre tout en anglais, français ou allemand », remarque Antanas Dambrauskas. Il en va de l’intérêt de l’UE à quelques semaines des élections européennes où le risque d’abstention et de vote vers les extrêmes est très élevé. L’Europe a du mal à plaire aux Européens. La conservation de chaque langue n’est donc pas que symbolique, elle permet à tous de se sentir concerné.
Pour l’interprète, l’Union européenne ne peut se passer de ce multilinguisme malgré toutes les contraintes qu’il engendre, « la diversité linguistique en Europe est une richesse dont nous pouvons être fiers. »

Iban Raïs et Jérémie Lamothe