Mélenchon, onusien à tout prix

18 mars 2014
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Mélenchon qui soutient Sarkozy. Improbable mais vrai. En matière de politique étrangère, d’interventionnisme plus précisément, la ligne de Jean-Luc Mélenchon, l’anti-impérialiste, peut rencontrer celle de l’ancien président atlantiste. 
Ce fut le cas en 2011 lorsque Nicolas Sarkozy décide d’intervenir en Libye. Pourtant vingt ans plus tôt, alors membre du Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon désapprouve le président Mitterrand lors de l’intervention française dans la Guerre du Golfe. Ces prises de position peuvent paraître contradictoires. Pourtant elles sont bien cohérentes.

Jean-Luc Mélenchon ne suit qu’une ligne en matière d’intervention à l’étranger : l’Organisation des Nations Unies (ONU). « L’ONU, rien que l’ONU, toute l’ONU. Dans cette affaire je défends un principe, celui de l’ordre onusien. Comme je le fais depuis 1991 », résume le co-président du Front de Gauche, le 24 mars 2011 sur son blog.

Cette ligne, M. Mélenchon s’y tient dans tous les conflits mondiaux. Ainsi, dans un billet daté du 4 septembre 2013, il refuse toute intervention en Syrie pour la seule raison que l’ONU n’a pas donné son accord : « En dehors du droit il ne peut y avoir que la force brute et la violence de la raison du plus fort. » En bon avocat du légalisme, Jean-Luc Mélenchon défend, dans chaque situation, la légitimité du droit international. Ce qui peut engendrer des situations complexes où le droit ne peut pas tout. Comme au Mali par exemple.

Le légalisme onusien de Jean-Luc Mélenchon l’a ainsi conduit à désapprouver – de manière moins véhémente qu’à l’accoutumée – l’intervention française au Mali. Le 11 janvier 2013, jour du déclenchement de l’opération Serval par l’armée française, il publiait ces trois phrases sur son blog : « L’intérêt d’une intervention militaire extérieure pour régler le problème posé au nord du Mali est discutable. En décider alors que les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas en cause, selon le chef de l’Etat lui-même, et alors que les troupes africaines sont engagées, est discutable. En décider seul, sans en saisir préalablement ni le gouvernement, ni le Parlement, est condamnable. »

Mais au premier rang de ses arguments contre l’intervention française, M. Mélenchon déplore l’absence de mandat de l’ONU. En effet, la résolution 2085 de l’ONU approuvait seulement l’intervention d’une force internationale africaine : la future Misma. L’engagement solitaire de la France n’avait alors pour seule base « légale » l’appel au secours du président malien par intérim, Dioncounda Traoré. Insuffisant pour M. Mélenchon, qui ajoute par ailleurs que le gouvernement malien en question est issu d’un putsch datant de mars 2012.

Les ambiguïtés d’un anti-impérialisme onusien

Le légalisme de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de l’ONU l’enferme pourtant dans un paradoxe. En même temps qu’il critique l’impérialisme états-unien, il soutient l’ONU, un organe fortement influencé par les Etats-Unis. En effet, ce dernier est le principal contributeur de l’institution basée à New York et assure 22% de son budget annuel. Mélenchon ne soutient que les décisions du Conseil de Sécurité, un organe où seulement cinq puissances majeures se partagent le pouvoir sur le long terme : Etats-Unis, Chine, Russie, France et Angleterre. Ces cinq membres peuvent bloquer une résolution en y mettant leur droit de véto pour des raisons contraires à l’intérêt de la majorité, comme cela s’est vu pendant la guerre froide. En cela, toutes les résolutions de l’ONU ne sont pas exemptes de critiques. Dans le cas de la guerre en Syrie, l’absence de mandat onusien est très lié au soutien de la Russie au régime de Bachar al-Assad. Sur un plan humanitaire, ce blocage ne rend pourtant pas forcément l’intervention en Syrie moins fondée.

Les positions de M. Mélenchon en matière de politique internationale ne peuvent être alors qu’ambiguës. Faisant un véritable pied de nez aux Etats-Unis, il s’oppose au soutien apporté par l’occident au Dalaï Lama au Tibet, qu’il considère comme un dangereux théocrate. Dans le même temps, Navi Pillay, Haut Commissaire des NU, dénonce les « violences continuelles faites aux Tibétains ». D’un côté, Jean-Luc Mélenchon explique ne reconnaître que la légitimité de l’ONU. De l’autre, il s’y oppose sur des positions comme celle du Tibet.

Le site « Le Grand Soir », qui s’affirme « Journal Militant d’Information Alternative », met le doigt sur cette ambivalence : « (Mélenchon) s’aligne directement sur l’ONU, cette organisation totalement inféodée aux intérêts occidentaux et principalement aux Etats-Unis. ». L’opposition aux USA associée à un « suivisme » sans condition de l’ONU l’amènent à une certaine schizophrénie en termes de politique étrangère. Mélenchon avait soutenu l’intervention en Libye pour s’opposer à Kadhafi dès lors que l’ONU l’autorisait. « J’approuve l’idée qu’on brise le tyran pour l’empêcher de briser la révolution » expliquait-il en mars 2011 à Libération. Dans le même temps, Mélenchon était un grand défenseur du président vénézuélien Hugo Chavez, notamment à propos de sa politique anti-impérialiste. Alors que ce dernier soutenait totalement le guide libyen et l’avait salué à sa mort : « Je m’en souviendrai comme d’un grand combattant, un révolutionnaire et un martyr. ».

Pour M. Mélenchon, le multilatéralisme onusien – aussi imparfait soit-il – est plus légitime que le multilatéralisme atlantiste incarné par l’OTAN. Et le coprésident du Parti de gauche ne s’est jamais exprimé sur une éventuelle réforme de l’ONU et de son conseil de sécurité.

M. Mélenchon ne conçoit donc pas de sortir de la légitimité onusienne mais le mystère est entier quant à sa volonté de réformer ce cadre. Dans son billet du 4 septembre 2013 consacré à la Syrie, il écrit à propos du droit de veto au conseil de sécurité : « Comment accepter que l’on parle à propos du droit de veto de la Chine et de la Russie comme d’un « blocage ». On pense ce que l’on veut du droit de veto. Mais c’est une composante actuelle du système de l’ONU. On peut le réformer. (…) Dans ces conditions, l’exercice d’un droit ne peut être considéré comme un « blocage ». »

Matthieu Jublin, Maxime Rousseau et Jérémie Lamothe

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