Droit de citer http://www.droitdeciter.fr Master en journalisme CFJ / PARIS 1-LA SORBONNE Sat, 29 Mar 2014 15:35:19 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.5.1 La diplomatie économique, nouveau credo de la politique étrangère française http://www.droitdeciter.fr/2014/03/29/la-diplomatie-economique-nouveau-credo-de-la-politique-etrangere-francaise/ http://www.droitdeciter.fr/2014/03/29/la-diplomatie-economique-nouveau-credo-de-la-politique-etrangere-francaise/#comments Sat, 29 Mar 2014 15:32:32 +0000 Pol-Rémy Barjavel http://www.droitdeciter.fr/?p=744 Depuis son arrivée au quai d’Orsay, Laurent Fabius a placé la « diplomatie économique » au rang de première priorité. Une orientation qui témoigne d’un élargissement du champ d’action du ministère des Affaires étrangères et entraine une concurrence croissante entre le ministère des affaires étrangères et celui du commerce exterieur.

Le cortège de grands chefs d’entreprise qui escortent le président de la République lors de ses voyages officiels fait désormais partie des images connues. Derrière cette photographie, un changement d’ampleur est pourtant à l’œuvre. Il prend le nom de « diplomatie économique ». C’est la nouvelle « priorité » du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius depuis l’été 2012, qui affirme que le quai d’Orsay « doit devenir le ministère des entreprises ».

Avec une balance commerciale négative depuis 2003 et un déficit record de 74 milliards d’euros en 2011, l’ex-Premier ministre estime que les mauvais chiffres du commerce extérieur menacent « la possibilité d’une croissance durable » et met en jeu « la crédibilité internationale » de la France. Il a donc formulé « dix axes » qui visent à soutenir les entreprises, attirer les investisseurs et « adapter le cadre de régulation européen et international aux intérêts économiques français ». Parmi les principaux, la création d’une Direction des entreprises et de l’économie internationale (DEEI) en mars 2013 ou l’attraction d’investissements par une mobilisation accrue des ambassades.

Parmi les sept représentants spéciaux qui font partie de la DEEI, dont la mission est « de contribuer à la dynamisation des relations économiques avec des pays clés », des poids lourds politiques ont été recrutés : Martine Aubry pour la Chine, Jean-Pierre Raffarin en Algérie et l’ex-patron de Renault Louis Schweitzer pour le Japon. Laurent Fabius s’appuie aussi sur le réseau diplomatique français, le troisième le plus puissant du monde. Un volet économique comportant des objectifs fait désormais partie des plans d’action des ambassadeurs.

« Il ne fait plus aucun doute que l’économie est devenue l’un des champs majeurs de la diplomatie », explique l’économiste Christian Chavagneux dans la revue Pouvoirs. Pourtant, il y a quelques années, les économistes ne se préoccupaient guère des questions politiques et les spécialistes des relations internationales n’avaient que peu d’intérêt pour le domaine économique. Il note ainsi la quasi inexistence de l’économie dans les huit cents pages des Mondes de François Mitterrand, dans lequel son conseiller Hubert Védrine dresse un bilan de la politique extérieure du président entre 1981 et 1995.

Une haine réciproque avec Bercy

« Les pays anglo-saxons ont relevé le défi depuis les années 1980 » et « forment des spécialistes d’économie politique internationale », souligne Christian Chavagneux. Une tendance que Laurent Fabius a adapté au réseau diplomatique français en « renforçant la dimension économique dans la formation des diplomates français ». Aussi, « des profils universitaires économiques et issus d’écoles de commerce sont recherchés ».

Mais l’économie à l’étranger dispose déjà d’un ministère : celui du commerce extérieur, qui dépend du ministère de l’Economie et des finances. Et de plusieurs structures qui assurent la présence économique française à l’étranger, comme Ubifrance, agence pour le développement international des entreprises, les Chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger (CCIFE) ou l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII). Depuis quelques années, les régions investissent elles aussi à l’international. Neuf d’entre elles, dont l’Île-de-France, Rhône-Alpes et l’Alsace, ont ouvert des antennes à l’étranger – aussi bien en Chine et aux Etats-Unis qu’en Argentine ou au Maroc.

Les risques de doublon et de court-circuitage sont donc élevés. Surtout que cette immixtion de la diplomatie dans l’économie n’est pas sans accrocs. Elle alimente même une haine réciproque entre diplomates, qui ont une tendance à mépriser l’économie face à la « grande politique », et fonctionnaires de Bercy, enclins à voir le quai d’Orsay comme un lieu de luxe superflu. Cette rivalité est perceptible jusque dans les propos de la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq, qui a parlé à La Tribune de « puzzle avec, parfois en son sein, une concurrence néfaste » et rappelé, plus récemment, que « le cœur du métier est à Bercy ». Preuve qu’il reste encore pour la diplomatie économique française à trouver sa place entre les deux ministères.

Pol-Rémy BARJAVEL et Youness BOUSENNA

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Mélenchon, onusien à tout prix http://www.droitdeciter.fr/2014/03/18/melenchon-onusien-a-tout-prix/ http://www.droitdeciter.fr/2014/03/18/melenchon-onusien-a-tout-prix/#comments Tue, 18 Mar 2014 12:02:46 +0000 Maxime ROUSSEAU http://www.droitdeciter.fr/?p=741 Mélenchon qui soutient Sarkozy. Improbable mais vrai. En matière de politique étrangère, d’interventionnisme plus précisément, la ligne de Jean-Luc Mélenchon, l’anti-impérialiste, peut rencontrer celle de l’ancien président atlantiste. 
Ce fut le cas en 2011 lorsque Nicolas Sarkozy décide d’intervenir en Libye. Pourtant vingt ans plus tôt, alors membre du Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon désapprouve le président Mitterrand lors de l’intervention française dans la Guerre du Golfe. Ces prises de position peuvent paraître contradictoires. Pourtant elles sont bien cohérentes.

Jean-Luc Mélenchon ne suit qu’une ligne en matière d’intervention à l’étranger : l’Organisation des Nations Unies (ONU). « L’ONU, rien que l’ONU, toute l’ONU. Dans cette affaire je défends un principe, celui de l’ordre onusien. Comme je le fais depuis 1991 », résume le co-président du Front de Gauche, le 24 mars 2011 sur son blog.

Cette ligne, M. Mélenchon s’y tient dans tous les conflits mondiaux. Ainsi, dans un billet daté du 4 septembre 2013, il refuse toute intervention en Syrie pour la seule raison que l’ONU n’a pas donné son accord : « En dehors du droit il ne peut y avoir que la force brute et la violence de la raison du plus fort. » En bon avocat du légalisme, Jean-Luc Mélenchon défend, dans chaque situation, la légitimité du droit international. Ce qui peut engendrer des situations complexes où le droit ne peut pas tout. Comme au Mali par exemple.

Le légalisme onusien de Jean-Luc Mélenchon l’a ainsi conduit à désapprouver – de manière moins véhémente qu’à l’accoutumée – l’intervention française au Mali. Le 11 janvier 2013, jour du déclenchement de l’opération Serval par l’armée française, il publiait ces trois phrases sur son blog : « L’intérêt d’une intervention militaire extérieure pour régler le problème posé au nord du Mali est discutable. En décider alors que les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas en cause, selon le chef de l’Etat lui-même, et alors que les troupes africaines sont engagées, est discutable. En décider seul, sans en saisir préalablement ni le gouvernement, ni le Parlement, est condamnable. »

Mais au premier rang de ses arguments contre l’intervention française, M. Mélenchon déplore l’absence de mandat de l’ONU. En effet, la résolution 2085 de l’ONU approuvait seulement l’intervention d’une force internationale africaine : la future Misma. L’engagement solitaire de la France n’avait alors pour seule base « légale » l’appel au secours du président malien par intérim, Dioncounda Traoré. Insuffisant pour M. Mélenchon, qui ajoute par ailleurs que le gouvernement malien en question est issu d’un putsch datant de mars 2012.

Les ambiguïtés d’un anti-impérialisme onusien

Le légalisme de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de l’ONU l’enferme pourtant dans un paradoxe. En même temps qu’il critique l’impérialisme états-unien, il soutient l’ONU, un organe fortement influencé par les Etats-Unis. En effet, ce dernier est le principal contributeur de l’institution basée à New York et assure 22% de son budget annuel. Mélenchon ne soutient que les décisions du Conseil de Sécurité, un organe où seulement cinq puissances majeures se partagent le pouvoir sur le long terme : Etats-Unis, Chine, Russie, France et Angleterre. Ces cinq membres peuvent bloquer une résolution en y mettant leur droit de véto pour des raisons contraires à l’intérêt de la majorité, comme cela s’est vu pendant la guerre froide. En cela, toutes les résolutions de l’ONU ne sont pas exemptes de critiques. Dans le cas de la guerre en Syrie, l’absence de mandat onusien est très lié au soutien de la Russie au régime de Bachar al-Assad. Sur un plan humanitaire, ce blocage ne rend pourtant pas forcément l’intervention en Syrie moins fondée.

Les positions de M. Mélenchon en matière de politique internationale ne peuvent être alors qu’ambiguës. Faisant un véritable pied de nez aux Etats-Unis, il s’oppose au soutien apporté par l’occident au Dalaï Lama au Tibet, qu’il considère comme un dangereux théocrate. Dans le même temps, Navi Pillay, Haut Commissaire des NU, dénonce les « violences continuelles faites aux Tibétains ». D’un côté, Jean-Luc Mélenchon explique ne reconnaître que la légitimité de l’ONU. De l’autre, il s’y oppose sur des positions comme celle du Tibet.

Le site « Le Grand Soir », qui s’affirme « Journal Militant d’Information Alternative », met le doigt sur cette ambivalence : « (Mélenchon) s’aligne directement sur l’ONU, cette organisation totalement inféodée aux intérêts occidentaux et principalement aux Etats-Unis. ». L’opposition aux USA associée à un « suivisme » sans condition de l’ONU l’amènent à une certaine schizophrénie en termes de politique étrangère. Mélenchon avait soutenu l’intervention en Libye pour s’opposer à Kadhafi dès lors que l’ONU l’autorisait. « J’approuve l’idée qu’on brise le tyran pour l’empêcher de briser la révolution » expliquait-il en mars 2011 à Libération. Dans le même temps, Mélenchon était un grand défenseur du président vénézuélien Hugo Chavez, notamment à propos de sa politique anti-impérialiste. Alors que ce dernier soutenait totalement le guide libyen et l’avait salué à sa mort : « Je m’en souviendrai comme d’un grand combattant, un révolutionnaire et un martyr. ».

Pour M. Mélenchon, le multilatéralisme onusien – aussi imparfait soit-il – est plus légitime que le multilatéralisme atlantiste incarné par l’OTAN. Et le coprésident du Parti de gauche ne s’est jamais exprimé sur une éventuelle réforme de l’ONU et de son conseil de sécurité.

M. Mélenchon ne conçoit donc pas de sortir de la légitimité onusienne mais le mystère est entier quant à sa volonté de réformer ce cadre. Dans son billet du 4 septembre 2013 consacré à la Syrie, il écrit à propos du droit de veto au conseil de sécurité : « Comment accepter que l’on parle à propos du droit de veto de la Chine et de la Russie comme d’un « blocage ». On pense ce que l’on veut du droit de veto. Mais c’est une composante actuelle du système de l’ONU. On peut le réformer. (…) Dans ces conditions, l’exercice d’un droit ne peut être considéré comme un « blocage ». »

Matthieu Jublin, Maxime Rousseau et Jérémie Lamothe

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Punir ou périr : de la longévité des partis politiques français… http://www.droitdeciter.fr/2014/03/09/punir-ou-perir-de-la-longevite-des-partis-politiques-francais/ http://www.droitdeciter.fr/2014/03/09/punir-ou-perir-de-la-longevite-des-partis-politiques-francais/#comments Sun, 09 Mar 2014 17:10:11 +0000 Lucile Berland http://www.droitdeciter.fr/?p=729 A l’approche des élections municipales, les scandales politiques se vendent comme des petits pains. La recette pour faire la Une ? Impliquer une figure phare d’un Parti – leader connu et reconnu – ou risquer des sanctions juridiques, le summum étant de réunir les deux. Ces coups de projecteurs médiatiques ne sont pourtant pas représentatifs du quotidien des Partis politiques français. Jour après jour, ils doivent contrôler leur image, pour gagner en légitimité et préserver leur longévité. Enquêtes sur les différentes stratégies mises en œuvres par les Partis politiques pour sanctionner les petits écarts partisans qui ne finissent, ni au Tribunal, ni à la Une des journaux…

 

FN : Dédiaboliser à tout prix.

Depuis l’avènement de Marine le Pen à la tête du Parti, le mot d’ordre est le même : Tolérance zéro. Depuis 2009, le moindre écart de conduite par rapport à la nouvelle ligne fixée, qu’il soit commis par le plus petit élu à l’échelle local ou un sympathisant inconnu est sanctionné. Plus qu’ailleurs, la réaction de l’appareil du parti est non seulement rapide, souvent radicale (l’exclusion) et assumé sur la scène médiatique. Le cas d’Anne-Sophie Leclere, futur candidate aux élections municipales dans les Ardennes traitant Christiane Taubira de « sauvage » qu’elle aurait « préféré voir dans les arbres plutôt qu’au gouvernement » devant les caméras de France 2 (Envoyé spécial consacré aux jeunes pousses du FN) est, en la matière, emblématique de cette nouvelle stratégie. Un mois après, le Front National avait suspendu la candidature d’Anne-Sophie Leclerc aux municipales et la convoquait devant les instances disciplinaires du parti. Depuis l’éviction du jeune Alexandre Gabriac, affilié au GUD et à la mouvance néo-nazi en avril 2011, les exclusions vont bon train. On notera qu’au cours de la mandature actuelle (2010-2015) 7[1] des 118 conseillers régionaux que compte le territoire ont été exclus. Pour quel motif ? Dérapage. Mais dérapage pris dans sa nouvelle acception au FN, car ce que l’on tolérait publiquement hier est désormais banni pour des questions d’image. Mots « interdits » – vocabulaire raciste et homophobe en particulier -, néologismes pour faire table rase du passé sulfureux incarné par le père – « Parti Bleu Marine » – idées fixes (le FN n’est pas « d’extrême droite »), lissage des interventions médiatiques (ton moins vindicatif, plus cordial…). Le nombre d’exclusion au sein du Parti ces dernières années est certains militants ont du mal à « avaler la pilule » de la nouvelle doctrine du FN.

  • Conclusion : Pour atteindre le nouveau but de ce parti historiquement « antisystème » qui est d’accéder au sommet de l’Etat, le FN doit élargir son assise. Pour cela, rien de tel qu’un nouveau costume et un nouveau discours de surface, qui se diffuse peu à peu au forceps, au moyen de sanctions radicales à l’égard des sympathisants qui en dérogent.


EELV : Se taire ou partir


Chez les écologistes, on ne sanctionne pas, on discute. Et quand on n’est pas d’accord, on part. Pour preuve, les seuls qui finissent par quitter le navire le font de leur plein gré, à l’instar de Daniel Cohn-Bendit en décembre 2012 (invoquant « trop de désaccords » avec le Parti), Noël Mamère en septembre 2013 (fuyant « un parti qui ne produit plus rien, prisonnier de ses calculs et de ses clans ») et plus récemment, Dominique Voynet en décembre 2013 (« je devrais me résoudre à des compromis, à des alliances, à des prises de position, qui bousculent mes valeurs et mes convictions »). Pour de nombreux observateurs, la fusion des Verts et d’Europe Ecologie en 2009, n’a pas vraiment porté ses fruits et comme le mentionnait un article de l’Express en marge du Congrès d’EELV à Caen en octobre 2013 : «  la greffe n’a pas prise ».

On le voit : ce ne sont donc pas les désaccords qui manquent, mais la culture de la sanction n’est pas celle privilégiée par les écologistes, qui lui préfèrent le dialogue et le compromis. Une application au cœur du parti de la célèbre sentence de Jean-Pierre Chevènement qu’il appliquait au gouvernement en 19: « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

  • Conclusion : Pour étendre son influence et durer, EELV a choisi la fusion. Le silence et l’abnégation sont ainsi les nouveaux mots d’ordres, en attendant qu’un véritable compromis politique soit trouvé au sein de ce Parti « a deux têtes ».

 

UDI : Le dérapage nazi

En juillet dernier, l’UDI a dû se séparer de Gilles Bourdouleix : le maire de Cholet, avait exprimé sa pensée sur les gens du voyage en lançant que « Hitler n’en avait peut-être pas tué assez ». Condamné à 3000 euros d’amende avec sursis pour «apologie de crimes contre l’humanité », Gilles Bourdouleix a également été sanctionné par son propre parti. Des personnalités UDI comme Chantal Jouanno ou Yves Jégo ont immédiatement demandé son exclusion. Le parti est allé plus loin que l’exclusion simple, puisqu’elle a tout bonnement supprimé la mouvance de Gilles Bourdouleix à l’intérieur du parti, le Centre national des indépendants et paysans (CNIP), afin de se prémunir contre tout nouveau débordement.

  • Conclusion : L’UDI a coupé court à la polémique et a préféré assurer sa pérennité en supprimant tout risque.

PS : tout en finesse…

Soucieux de « laver leur linge sale en famille », les partis politiques sont parfois sans pitié dans leurs décisions internes. C’est ce qui est arrivé à Jean-Luc Rotureau, candidat dissident PS à la mairie d’Angers. En décembre dernier, le PS décide de l’exclure du Parti, pointant du doigt sa « démarche dissidente, contraire aux objectifs politiques du Parti socialiste ». Une exclusion qui peut être expliquée par un contexte politique tendu: depuis l’élection de François Hollande, le PS pâtit de la très faible cote de popularité du gouvernement et du président. Les élections municipales sont un enjeu fondamental pour le parti, qui craint de voir l’opposition et les extrêmes, raffler une bonne partie des 36 000 communes françaises. La mairie d’Angers, à gauche depuis 1977 serait d’ailleurs en danger d’après les derniers sondages qui donnent l’avantage au « challenger » de l’UMP, Christophe Béchu. Après réflexion, Jean-Luc Rotureau a, quant à lui, décidé de continuer de briguer le poste de maire d’Angers, mais sans étiquette politique. Une situation qui pourrait bien faire regretter au PS cette exclusion, qui ouvrirait un boulevard au candidat de l’UMP en cas de triangulaire…

… Et retournement de veste  

« I walk the Line » chantait Johnny Cash. Georges Frêche devait apprécier la chanson, tant il a toujours joué avec le feu tout au long de sa carrière politique. Ses propos sur le nombre de joueurs noirs en équipe de France seront la goutte d’eau qui fait déborder le vase, puisque le PS décide de l’exclure du Parti en 2010. Même traitement pour ses soutiens de longue date comme Christian Bourquin (sénateur des Pyrénées-Orientales et président du conseil régional), André Vezinhet (président du conseil général de l’Hérault) ou encore Jean-Pierre Moure, président de l’agglomération montpelliéraine.

Le but de cette large exclusion est simple. Georges Frêche n’en est pas à sa première incartade, et le PS ne peut pas se permettre de laisser son image ternie par l’un de ses membres, qui plus est lorsqu’il est président de conseil régional juste avant les élections…régionales.

Georges Frêche meurt subitement en 2011, et 600 jours après leur exclusion, ses soutiens sont réintégrés sur décision de Solférino, après une  réconciliation très médiatisée avec Hélène Mandroux. Cet épisode polémique aurait pu être encore plus préjudiciable si cette « paix des braves » comme l’a si bien décrite Christian Bourquin, n’avait pas été célébrée… Seule ombre au tableau : le PS ne réintègre pas Robert Navarro, vice-président du Languedoc-Roussillon, embourbé dans une affaire d’abus de confiance dans la gestion de la fédération PS. Pardonner, mais se méfier, voilà la ligne du parti socialiste dans cette affaire.

  • Conclusion : Pour durer, le parti du Président normal fuit les scandales à tout prix et cherche à se construire l’image d’un parti irréprochable. Pour cela, rien de plus simple : faire semblant de se débarrasser des éléments gênants temporairement, quitte à ce qu’ils soient réintégrés ensuite…

 

Parti de Gauche : Tolérance (idéologique) zéro

En février 2014, une affaire d’apéro faisait scandale au sein du Parti de Gauche. Maurice Melliet, militant pressenti pour tenir une liste à Périgueux aux municipales du mois de mars aurait pris un verre en terrasse avec l’ennemi. L’homme en question ? Yves Guéna, gaulliste convaincu de 91 ans, successivement député, ministre, sénateur, conseiller général, maire, membre du Conseil Constitutionnel puis président de cette même instance. Un homme de droite donc, mais parfaitement  intégré à la vie institutionnelle de la République, et dont le parcours n’est pas entaché par de quelconques scandales. C’est pourtant parce qu’il a vu cet homme « qu’il connaît depuis 30 ans et qu’il admire », que Maurice Melliet a été exclu du parti. Nathanaël Uhl, ex-militant du Parti de Gauche (lire son article dans le Plus du Nouvel Obs à ce sujet) rappelle que la ligne de M. Melliet était pourtant claire : « il avait même refusé s’allier avec le Parti socialiste, ce qui lui avait valu l’absence de soutien du Parti communiste local ». Si la réaction peut paraître dur de l’extérieur, qu’en disent les militants du parti lui-même ? Une cinquantaine d’entre eux ont justement décidé de claquer la porte en signe de soutien à l’élu de Périgueux. Du côté des instances nationales du PG, la ligne reste pourtant claire : « Le Parti de gauche n’accepte aucune collusion ou arrangement, de quelque sorte que ce soit, avec la droite à Périgueux comme ailleurs dans le pays. ». A bon entendeur.

  • Conclusion : Le Parti de Gauche dont l’idéologie est basée sur une dénonciation des écarts en tout genre (démocratiques, moraux…) applique à la lettre sa propre doctrine, afin de rester crédible aux yeux de ses sympathisants.

 

UMP : Hiérarchiser pour mieux régner

A droite, en s’inscrivant dans la tradition de non participation des militants, c’est le rôle des élites qui est renforcé. Florence Haegel – professeure à Sciences Po – et spécialiste des partis politiques, s’est particulièrement penchée sur la droite française (La Droite en fusion, Transformations de l’UMP, PU. 2012). Dans une étude sur la mobilisation partisane de droite publiée en 2009, elle note que l’approche des sympathisants vis-à-vis de leur parti y est très codifiée : il s’agirait d’une « participation limitée et ciblée, en conformité avec un modèle démocratique libéral (…) et physiquement déconnectées de la communauté partisane ». Ainsi, la notion de « parti de supporters » que les socialistes brandissent parfois en direction de leurs opposants pour minorer l’engagement de ses partisans, « ne revêt(irait) à l’UMP aucune connotation péjorative ». Le terme de « supporter » employé par Florence Haegel met en lumière deux caractéristiques au sein du parti. Tout d’abord, l’importance de la « figure personnelle » de l’élu (Sarkozy depuis le début des années 2000) qui provoque des adhésions massives au sein du parti (de 164 500, en novembre 2002, à 338 520, en janvier 2007). Mais aussi la volatilité de l’engagement du partisan à l’UMP, où « la flexibilité du travail militant est admise, voire même encouragée ».  Les adhérant seraient donc moins des « militants de terrain » qu’à gauche, au profit d’autres formes de contributions, à l’instar du soutien financier.

Que dire alors des petits écarts quotidiens qui peuvent être traqués chez les sympathisants ? Puisqu’il n’y a pas de raison – a priori – qu’il y en ait moins qu’ailleurs, on peut dresser trois postulats : 1/ l’appareil du parti est moins au courant de ce genre d’affaires, car les liens entre la base et les élites y sont moins « resserrés » qu’ailleurs 2/ la ligne idéologique du parti est peut-être moins stricte que certaines lignes dogmatiques comme vu précédemment avec le Parti de Gauche 3/ que le Parti asseyant essentiellement son image sur de « grandes figures politico-médiatiques », il considère pas comme une priorité le toilettage de sa réputation quotidienne à l’échelle locale…

  • Conclusion : A l’UMP, pas vu, pas pris. Le Parti sait manipuler les projecteurs médiatiques en direction de ses grandes figures. Ses sympathisants, plus « supporter » d’un homme que « militants » idéologiques sont moins sujets aux écarts partisans, ce qui réduit le nombre de « bavures » à gérer par le part. 

[1] Eric Vilain (Lorraine), Chrystelle Saulière (Haute-Normandie), Paul Lamoitier (Nord-Pas-de-Calais), Jean-Marc Maurice (Nord-Pas-de-Calais), Olivier Wyssa (Rhône-Alpes), Alexandre Gabriac (Rhône-Alpes), et Stéphane Durbec (Provence-Alpes-Côte d’Azur)

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Etats-Unis : Le nouveau costume du « gendarme du monde » http://www.droitdeciter.fr/2014/03/09/etats-unis-entre-interventionnisme-et-isolationnisme-le-nouveau-costume-du-gendarme-du-monde/ http://www.droitdeciter.fr/2014/03/09/etats-unis-entre-interventionnisme-et-isolationnisme-le-nouveau-costume-du-gendarme-du-monde/#comments Sun, 09 Mar 2014 16:35:47 +0000 Lucile Berland http://www.droitdeciter.fr/?p=720 A peine, la Russie envahit la Crimée et foule au pied la souveraineté de l’Ukraine que déjà le monde entier attend la réponse des Etats-Unis. Si pour le moment l’intervention armée est exclue, des menaces de sanctions économiques et politiques ont été proférées. Depuis l’élection de Barack Obama en 2009, les Etats-Unis semblent vouloir abandonner le pesant costume de gendarme du monde arboré pendant les années Bush père et fils. N’est-ce qu’une nouvelle vitrine ou un renouvellement sincère de la gestion des affaires extérieures ?

Le bilan de Barack Obama depuis son entrée à la Maison Blanche en janvier 2009 laisse à penser que les Etats-Unis renâclent à enfiler le costume de gendarme du monde. Le repli des troupes d’Irak et d’Afghanistan, combiné à la non-intervention au Mali, en Syrie, et à la diminution des effectifs et du budget de la Défense, donnent l’image d’une hyperpuissance en retrait dans les affaires du monde.

Ce repli, tentation isolationniste diront certains, contraste fortement avec l’implication internationale des Etats-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et plus récemment l’après 11 septembre 2001. Une stratégie diplomatique considérée comme nécessaire par l’administration Obama, pour redorer son blason après le lourd bilan des années Bush (2001-2008) : deux guerres proches de l’enlisement, un recul de l’adhésion  de l’opinion publique vis-à-vis des interventions extérieures et une perte de prestige dans le monde. La priorité d’Hillary Clinton, secrétaire d’Etat lors du premier mandat d’Obama (2009-2013), a donc été chargée de restaurer l’image de la puissance américaine. Le nouveau pouvoir américain, dès 2009, cherche à éviter le conflit (« hard power ») et privilégie le recours au « soft power », c’est à dire à une diplomatie de consensus, de négociation et de déplacements sur le terrain. Hillary Clinton établit ainsi un nouveau record en tant que secrétaire d’Etat, avec plus de 1,5 million de km parcourus en avion et 112 pays visités en quatre ans.

 

Nouvelle donne économique et énergétique

L’une des priorités du président Obama dès son élection fut d’organiser le retrait des troupes engagées en Irak et en Afghanistan. Un moyen de mettre fin à des fiascos militaires qui ont profondément égratigné l’image de la superpuissance américaine pendant les années George W Bush, et de faire des économies en temps de crise. Ainsi, fin 2011, près de 39 000 soldats ont quitté Bagdad, mettant fin à une opération débutée en 2003. Une décision approuvée par l’opinion publique américaine à 75 % selon un sondage du think tank américain Pew Resarch Center. En 2013, le budget de l’armée de terre a aussi été amputé de 9% par rapport à 2012. Cette décision qui peut être mise en relation avec le contexte de restriction budgétaire, marque pourtant un tournant puisque le budget militaire américain n’avait cessé de croitre depuis le 11 septembre 2001. Bien que les Etats-Unis restent, à ce jour, la première nation au monde en termes de dépenses militaires, le Pentagone vient d’être contraint par la Maison Blanche à faire 487 milliards de dollars d’économies dans les dix ans qui viennent.

Une nouvelle donne dans le contexte géopolitique international permet également aux Etats-Unis d’assumer leur stratégie de retrait militaire et de non-interventionnisme. Grâce au gaz de schiste en Alberta ou encore aux sables bitumineux canadiens qui les fourniront bientôt en pétrole, les américains travaillent dur, depuis quelques années, pour conquérir leur dépendance énergétique. Un bouleversement tant du point de vue économique que géopolitique. En effet, les Etats-Unis n’ont pas hésité à intervenir – voire déclencher, comme ce qui lui fut reprocher en Irak – des conflits pour sécuriser leur approvisionnement en énergie, ce qui ne sera probablement plus nécessaire à moyen terme.

 

L’influence des interventionnistes

Mais l’attitude de repli affichée par les Etats-Unis pour rassurer l’opinion publique et laisser davantage de manœuvre à ses partenaires diplomatiques, ne signifie donc pas que les ambitions de cette grande puissance aient fondamentalement changé. Plusieurs cas récents montrent que derrière cette nouvelle vitrine, les objectifs restent les mêmes, seuls les outils et méthodes ont évolué. Tirant les leçons des bourbiers irakiens et afghans, le « gendarme du monde » a  troqué sa matraque et son taser contre un cigare ou une tasse de café, privilégiant le dialogue à l’affrontement. Les nouveaux mots d’ordre du « soft power » à l’américaine (ou stratégie du « leading from behind », diriger depuis l’arrière) sont désormais : négociation, compromis et délégation de pouvoirs.

Au sein de l’administration Obama, des conseillers sont loin d’être unanimes quant à la stratégie du Président, qualifiée d’isolationniste. Ainsi, certains se sont fortement engagé en faveur d’une intervention armée en Syrie. Samantha Power par exemple, actuelle ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies, a soutenu dès 2011 le recours à des frappes aériennes, alors qu’elle était membre du Conseil de la sécurité nationale. De même pour le conflit Libyen en 2011, Hillary Clinton et Susan Rice – proche d’Obama et ambassadrice auprès de l’ONU à l’époque – sont parvenues à convaincre le Président de Etats-Unis d’intervenir sous la bannière de l’OTAN.

 

Le compromis du « leading from behind »

Nucléaire Iranien : La main tendue. Sur le dossier iranien, les Etats-Unis ont opté pour la négociation. Il faut dire que l’accession au pouvoir du Président Hassan Rohani, élu par les Iraniens pour réengager des négociations avec les Américains afin de faire lever l’embargo qui pèse sur le pays depuis 1979, a largement facilité la manœuvre.  Résultat, un accord « 5+1 » (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni + l’Allemagne), fruit de cinq mois de négociations officieuses ardues entre les diplomaties iraniennes et américaines et signé à Genève fin 2013. Une avancée pour les Etats-Unis pour ce dossier sensible qui traîne sur la table de la Maison Blanche depuis plus de trois décennies.

Libye (2011) : De l’argent et des armes.  Lorsque l’intervention en Libye se décide, sous l’impulsion du Président de la République Nicolas Sarkozy, les Etats-Unis laissent la France jouer le rôle de leader, du moins dans l’imaginaire collectif.  Car si le discours médiatique évoque majoritairement l’intervention comme étant une initiative française, accompagnée des Britanniques, il est souvent peu question du rôle des Etats-Unis dans le conflit. C’est par le biais d’une coalition internationale placée sous l’égide de l’Otan, que le couple franco-britannique, mal outillé pour assurer seul la gestion des opérations de A à Z, a fait des Etats-Unis un partenaire privilégié. Les Américains mobiliseront financements, forces maritimes et aériennes pour assurer près de la moitié des frappes sur le terrain. Profitant des failles logistiques et budgétaires européennes, les Etats-Unis ont donc prolongé leur influence en choyant deux de ses partenaires diplomatiques phares, tout en limitant leur dépenses et en restant à l’abri (relatif) des projecteurs médiatiques.

En Afrique : Formation et débouchés commerciaux. Sur le territoire africain, la tactique du gouvernement Obama n’est pas vraiment différente de ses prédécesseurs. Elle aussi obéit à la doctrine du « soft-power ». Se limitant à un rôle d’appui (renseignements, quelques unités sur le terrain), les Américains ont refusé de s’investir massivement au Mali, tout en soutenant officiellement les manœuvres. Plus globalement, à l’échelle du continent, le commandement militaire africain des Etats-Unis (Africom) permet à la puissance américaine d’entretenir un lien fort avec les armées nationales des différents pays, notamment par la formation opérationnelle et stratégique. Ce positionnement a trois atouts majeurs : il permet de participer de manière indirecte à la lutte contre le terrorisme (AQMI, Al-Qaeda) ; cela se traduit par des débouchés commerciaux importants – potentiellement encouragées par les lobbys de fabricants d’armes ; et cela renforce la proximité entre soldats américains et africains, qui se côtoient régulièrement, ce qui favorise le dialogue diplomatique entre les deux continents.

En Syrie : le refus du leadership. Le cas de la Syrie reste aujourd’hui LA véritable épine dans le pied des occidentaux. Drame humain, bourbier d’extrémisme difficile à démêler, objet de financements et d’influences supranationales diverses… Aucun Etat ne sait par quel bout s’y prendre tant les enjeux locaux, régionaux et internationaux sont complexes et bien souvent contradictoires. Les Français ont bien essayé de mobiliser les Américains suite à l’attaque chimique d’août 2013 (rebondissant sur les déclarations de Barack Obama qui avait parlé de « ligne jaune » à ne pas franchir), mais sans succès. Les mots sont vite retombés pour laisser place à une inaction totale. Au-delà de la complexité des enjeux et des difficultés à faire émerger « une » solution, le coût que représenterait une intervention militaire en Syrie et l’aide financière à la reconstruction du pays, pèsnte inévitablement dans la balance en faveur de l’immobilisme. Toujours est-il que, si aucun leader – Etat ou organisations internationales -  ne prend les devants d’une coalition, le bourbier syrien ne risque pas de s’assainir tout seul. Malgré la stratégie de retrait de la scène diplomatique assumée sous l’ère Obama, les Etats-Unis qui croyaient pouvoir se débarrasser de leur réputation de « gendarme du monde » ne cessent pourtant régulièrement d’être pointés du doigt comme étant les seuls en mesure de débloquer le conflit. Signe que la réputation de puissance interventionniste qu’ils se sont créé depuis la Seconde Guerre Mondiale, ne se solde pas en un mandat… ni même en deux.

 

 Lucile Berland et Vincent Pléven

5 mars 2014

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Le président français : cet hybride institutionnel http://www.droitdeciter.fr/2014/03/07/le-president-francais-cet-hybride-institutionnel/ http://www.droitdeciter.fr/2014/03/07/le-president-francais-cet-hybride-institutionnel/#comments Fri, 07 Mar 2014 17:05:55 +0000 Juliette HARAU http://www.droitdeciter.fr/?p=717 En 55 ans de Ve République, la fonction présidentielle n’a cessé d’évoluer vers plus de suprématie. Au détriment de la Constitution et du Premier ministre.

Le mal Napoléonien, c’est le titre du livre de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin paru cette semaine. La dernière partie de l’ouvrage revient sur la question de l’héritage bonapartiste ancré dans les institutions françaises. Cette recherche d’un homme providentiel, incarné par le Président de la République, au-dessus des palabres parlementaires, marque toujours la vie politique française.

L’ancien chef du gouvernement n’est pas pour rien dans cette pratique personnifiée du pouvoir. C’est lui qui a proposé en 2000 la modification des règles du jeu électoral. Le passage du mandat présidentiel de sept à cinq ans et l’inversion du calendrier électoral n’ont pas été sans conséquences. Actuellement, un citoyen français aura l’occasion d’élire 11 présidents dans sa vie, quand le septennat n’offrait pas plus de 6 votes à chaque électeur. Le socialiste défend toujours sa réforme : « C’est un moyen de donner un rythme plus rapide à la démocratique », déclarait-il encore ce matin sur France Inter.

Pourtant sa révision constitutionnelle  a accentué le présidentialisation du système politique français, renforçant l’emprise du chef d’Etat sur le législatif. Les chiffres de la participation aux élections de l’Assemblée nationale le prouvent : 84,9% en 1978 et seulement 60,3% en 2007.

Paradoxalement, avec cette réforme, Lionel Jospin alors premier ministre par le jeu de la cohabitation, met fin à toute possibilité qu’une telle situation se représente. Avec le quinquennat calé sur le rythme de la législature, le président est assuré de conserver sa majorité jusqu’au terme de son mandat. Cerise sur le gâteau : depuis 2002, le Premier ministre n’est plus qu’un simple « collaborateur » – Sarkozy dans le texte.

Le rôle primordial du Premier ministre … dans la Constitution

« Il dirige l’action du Gouvernement. Il est responsable de la Défense nationale. Il détermine et conduit la politique de la nation. » Vu les pratiques politiques on pourrait croire qu’il s’agit de la fonction du Chef de l’Etat définit par la Constitution. Mais non. Ces articles établissent en réalité le rôle du Premier ministre. Un rôle de premier plan. En principe.

A en croire le texte, le Président de son coté « veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat » (article 5). Dans les faits, le chef de l’Etat est pourtant bien loin de se cantonner à cette position de garant et d’arbitre. Ce qui peut poser un problème en matière de contre-pouvoirs. Il n’a de compte à rendre à personne contrairement au Premier ministre, responsable devant l’Assemblée nationale.

Michel Debré, l’un des rédacteurs de la Constitution, soulignait déjà ce décalage entre le texte fondateur de la Ve République et la réalité du pouvoir : « Il est certain qu’il existe dans la Constitution des mécanismes que l’on retrouve dans un grand nombre de régimes parlementaire (…) mais (ils) viennent en second. » Les pouvoirs se concentrent en effet autour de la figure tutélaire du président français.

Le général de Gaulle a offert une légitimité démocratique à ce personnage central en instaurant en 1962 son élection au suffrage universel. Or si la présidentielle est aujourd’hui ancrée dans la vie politique française, c’était loin d’être évident dans les années 1960. Les français se souvenaient alors du seul précédent historique : l’élection par le peuple de Louis Napoléon Bonaparte en 1848 … qui avait débouché sur l’instauration du Second Empire.

« Seul le Président ordonne et décide »

L’anecdote donne du grain à moudre à l’opposant politique qu’est alors François Mitterrand. Il publie en1964 Le Coup d’Etat permanent dans lequel il dépeint le général de Gaulle en quasi dictateur. « Il existe dans notre pays une solide permanence du bonapartisme, où se rencontrent la vocation de la grandeur nationale, la tradition monarchique et la passion de l’unité nationale, tradition jacobine, regrette Mitterrand. Seul le Président de la République ordonne et décide. » Pourtant, ce même Mitterrand devenu chef de l’Etat en 1981, incarne à la perfection le monarque républicain. Il est le seul Président de la Ve à n’apporter aucune modification à la Constitution, tout en battant le record de longévité, en enchainant deux mandats de sept ans.

Cet exemple démontre bien que l’institution, qu’est l’Elysée avec tout ce que cela entraine, a pris le pas sur ses convictions. A l’opposé de ce que son brûlot laissait présager, François Mitterrand a en fait agit comme ses prédécesseurs. Le nom de Premier ministre prend même une teneur d’insulte dans ses propos. Episode marquant : lors du débat de l’entre-deux tours qui l’oppose à son Premier ministre Jacques Chirac en 1988, ce dernier veut parler d’égal à égal avec le socialiste. Mais François Mitterrand lui répond d’un ton sec : « Vous avez tout à fait raison M. le Premier ministre ». Ambiance.

Mais c’est bien le quinquennat qui a accéléré la présidentialisation, illustrée par l’ « hyper président » Nicolas Sarkozy. Il faut être partout, tout le temps et montrer qu’on agit. Cristallisant les attentions sur sa personne, il a totalement effacé son Premier ministre François Fillon. Pour Sarkozy, son chef du gouvernement était seulement là pour « soulager le président de la République ».

Comme son prédécesseur socialiste, François Hollande a du se plier aux règles de l’institution présidentielle. Pour  éviter les écueils de Nicolas Sarkozy il a laissé à ces débuts une certaine marge de manœuvre à son Premier ministre. Mais le Président « normal » a été rattrapé par l’épreuve du pouvoir. Désormais on ne voit que lui, et son Premier ministre est totalement éteint.  Lors de son discours de politique général devant la presse en mars 2013, le nom de Jean-Marc Ayrault n’a pas été cité une seule fois. Révélateur. Comme si le Premier ministre avait disparu des radars présidentiels …

 

Juliette Harau et Jérémie Lamothe

 

 

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Do you speak lietuviškai ? http://www.droitdeciter.fr/2014/03/04/do-you-speak-lietuvos/ http://www.droitdeciter.fr/2014/03/04/do-you-speak-lietuvos/#comments Tue, 04 Mar 2014 17:01:33 +0000 Jérémie Lamothe http://www.droitdeciter.fr/?p=709 C’est un fait. La lourdeur et la lenteur technocratique sont dans l’ADN de l’Union européenne (UE). Le fait que 28 pays débattent dans 24 langues différentes n’arrange pas la situation. Mais l’Union européenne peut-elle faire autrement ?

Toutes les institutions européennes ont constamment besoin d’interprètes. Conférences, débats, propositions de lois… Si l’anglais, le français et l’allemand dominent, les langues des nouveaux membres comme la Croatie ou la Bulgarie n’en sont pas moins importantes, selon Andrea Raccano interprète belge accrédité par l’UE : « Il y a une véritable hiérarchie des langues pour l’interprétariat en Union européenne. Je parle français, anglais, espagnol, portugais et italien. Mais ces langues sont plutôt « faibles », puisqu’elles sont parlées par la quasi-totalité des interprètes sur le marché. C’est pour cette raison qu’en ce moment, j’apprends l’ukrainien, en espérant que le pays intègre bientôt l’UE ! ».

Pour Antanas Dambrauskas, interprète lituanien en « freelance » pour l’UE, ce multilinguisme est une bonne chose : « Parfois ce fonctionnement peut freiner le débat. Mais l’interprétation permet aux délégués d’exprimer leurs idées plus facilement en leurs langues maternelles, éviter des erreurs liées aux langues ». Et cela permet aussi de respecter la souveraineté de chacun et ainsi d’éviter de froisser les susceptibilités de chacun. C’est également l’avis d’Andrea Raccano : « Tout le monde ne comprend pas l’anglais, c’est un droit de pouvoir écouter une conférence dans sa langue. Toutes les langues ont la même importance au sein de l’UE ».

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Pourtant, l’anglais semple prendre le pouvoir à Bruxelles. Interprète depuis deux ans seulement, Antanas Dambrauskas est lucide quant à la place de cette langue dans le travail de l’UE : « Bien sûr, ce serait plus facile et moins cher de parler anglais à chaque réunion. Mais l’anglais donne un avantage énorme aux pays anglophones. Ils développeront plus vite et mieux leurs idées, pourront user de finesse, utiliser l’humour pour parvenir à leurs fins ». Il est vrai que pour traiter de sujets techniques, comme la sécurité alimentaire, une maîtrise parfaite du jargon employé est nécessaire : « Sur un tel sujet, un Lituanien n’aura pas la même maîtrise qu’un Britannique, voilà pourquoi il est important de conserver une interprétation en 24 langues, pour éviter une domination anglophone ».

Autre raison de respecter toutes les langues présentes dans l’Union : permettre à tous les citoyens, qu’ils soient Croates, Estoniens, Portugais ou Autrichiens, d’avoir accès aux débats qui se déroulent à Bruxelles. L’Union européenne doit être proche de ses citoyens et la langue doit y participer. « Si cela se passe autrement, je crois que nous risquons d’avoir une UE trop distante des citoyens lambda, qui ne sont pas nécessairement bons en langues ou capables de comprendre tout en anglais, français ou allemand », remarque Antanas Dambrauskas. Il en va de l’intérêt de l’UE à quelques semaines des élections européennes où le risque d’abstention et de vote vers les extrêmes est très élevé. L’Europe a du mal à plaire aux Européens. La conservation de chaque langue n’est donc pas que symbolique, elle permet à tous de se sentir concerné.
Pour l’interprète, l’Union européenne ne peut se passer de ce multilinguisme malgré toutes les contraintes qu’il engendre, « la diversité linguistique en Europe est une richesse dont nous pouvons être fiers. »

Iban Raïs et Jérémie Lamothe

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Septembre, mois victorieux pour les poids lourds du tabac http://www.droitdeciter.fr/2013/12/11/septembre-mois-victorieux-pour-les-poids-lourds-du-tabac/ http://www.droitdeciter.fr/2013/12/11/septembre-mois-victorieux-pour-les-poids-lourds-du-tabac/#comments Wed, 11 Dec 2013 20:49:16 +0000 Iban Raïs http://www.droitdeciter.fr/?p=703 Et si Bruxelles était devenue la capitale du lobby du tabac ? Pas forcément pour Guillaume Courty, spécialiste des groupes d’intérêt : « Il n’y a pas de capitale du lobbying, que des places fortes ». Ces dernières semaines, de nombreuses affaires tendent à montrer que ces luttes d’influence sont bien implantées dans la capitale européenne. L’Union européenne et ses décideurs politiques sont soumis à de fortes pressions des multinationales, telles que British American Tobacco ou Imperial Tobacco. Dernièrement, les cigarettiers ont obtenu quelques victoires marquantes. Le vote de la directive sur le tabac en est l’exemple le plus frappant.

La Commission européenne souhaite depuis quelques années durcir les règles de ce marché prospère. Avec la volonté de diminuer de 2% le nombre de fumeurs dans l’U.E., dans un délai de cinq ans. Un objectif relativement faible mais considéré comme une déclaration de guerre par les industriels.

Ces derniers vont dès lors débuter une intense campagne d’influence pour tenter d’enterrer cette directive. Leur plan se révèle terriblement efficace. Dans Libération,l’eurodéputée d’EELV, Michèle Rivasi, dénonce : «Nous avons reçu des petits cadeaux : du tabac, mais aussi des cigarettes électroniques… Au total, les cigarettiers ont dépensé près de 7 000 euros par député européen ».

Les objectifs du texte ont été revus à la baisse par les eurodéputés. Refus de considérer la e-cigarette comme un médicament, taille des avertissements sanitaires passés de 75% à 65% du paquet, conservation des cigarettes « slims »… L’adoption du texte corrigé est un coup dur pour les associations anti-tabac et les ONGs qui gardaient espoir quant aux conséquences positives de la directive.

Une lutte déséquilibrée

« Des moyens beaucoup plus importants et une main d’œuvre plus nombreuse et plus qualifiée ». Voilà comment Guillaume Courty explique le combat entre les lobbies d’un côté et les ONGs et les députés anti-tabac de l’autre.

Depuis quelques mois, c’est le groupe Philip Morris qui est sur le devant de la scène. Un groupe qui dépense des fortunes pour se faire de plus en plus influent à Bruxelles.

Un groupe qui n’hésite pas à flirter avec les limites légales en matière de lobbying pour tenter d’asseoir son influence. En septembre dernier, le Parisien a révélé un système de fichage de 177 députés européens, dont la totalité des 74 députés français. Mais pour Guillaume Courty, c’est loin d’être un scoop : « c’est le jeu, tout simplement ».La pratique du cigarettier peut choquer, mais elle n’a rien d’étonnant. Le mode opératoire des lobbies joue avec la morale, mais ils est accepté légalement ou tacitement. C’est ainsi que Corinne Lepage, Stéphane Lefoll ou encore Brice Hortefeux sont tous répertoriés et catalogués. Un code couleur a même été mis en place : le rouge désigne un député très opposé à l’industrie du tabac, le bleu sa proximité avec elle et le vert l’urgence d’une rencontre avec ce dernier. Le groupe nie ces accusations dans un communiqué publié sur son site internet, arguant que son comportement est « en adéquation avec les usages et conforme à ce que font d’autres entreprises, ONG ou autres groupes d’intérêt ». 

Un communiqué qui prouve la banalisation de cette relation entre élus et multinationales.Bruxelles est bel et bien l’une des places fortes du lobbying mondial.

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Faites confiance à l’Eurobaromètre ! http://www.droitdeciter.fr/2013/12/11/faites-confiance-a-leurobarometre/ http://www.droitdeciter.fr/2013/12/11/faites-confiance-a-leurobarometre/#comments Wed, 11 Dec 2013 18:22:05 +0000 Marion Lot http://www.droitdeciter.fr/?p=699 Les sondages européens construits et financés régulièrement par la Commission européenne sont repris massivement par les médias français depuis quarante ans, sans que leur pertinence n’ait jamais été vraiment interrogée. A tort peut-être…

« Selon l’Eurobaromètre », « d’après le dernier sondage européen »… les données produites par l’outil statistique créé par la Commission européenne en 1973 servent couramment de référence pour parler d’Europe dans la presse française. Mais les médias prennent-ils suffisamment de précaution avant de l’utiliser?

L’Eurobaromètre (EB) est actuellement le seul sondage mobilisant des moyens humains et financiers suffisants pour sonder régulièrement les habitant(e)s des 28 pays de l’Union Européenne. Ce qui le place, de fait, dans une situation de monopole. Chaque année, ce colosse sollicite la participation d’environ 300 000 sondés et produit aux alentours de 150 rapports ; les plus prisés des médias et des observateurs de l’UE étant les deux rapports standards[1]. Réalisés à partir d’un millier d’entretiens en face-à-face dans chaque pays, ils sont publiés deux fois par an depuis quatre décennies. Malgré les coûts de production astronomiques de ces enquêtes (13 000€ par question), les résultats sont publiés gratuitement sur le site de la Commission européenne. Une véritable aubaine pour les médias européens. Mais ces derniers oublient souvent les précautions de base qui s’imposent avant l’exploitation de tout sondage…

La première consiste à se pencher sur l’origine des réponses (affichées sous forme statistique), c’est-à-dire les questions, souvent absentes des analyses médiatiques. Elles permettraient peut-être d’appréhender avec plus de justesse les résultats. Manquant parfois de cohérence, trop longues et truffées de jargon technocratique, les questions en deviennent parfois inintelligibles : « Veuillez me dire dans quelle mesure vous pensez qu’aider la base industrielle de l’UE à devenir plus compétitive par la promotion de l’esprit d’entreprise et par le développement de nouvelles compétences est important pour que l’UE sorte de la crise financière et économique actuelle et se prépare à la prochaine décennie ? » (Eurobaromètre, printemps 2013). On comprend pourquoi les médias simplifient ces questions ou ne les font tout simplement pas apparaître. Pourtant leur forme influence fortement le contenu des réponses.

Le politiste Daniel Gaxie, reprenant la théorie de Bourdieu, rappelle que les sondages s’appuient sur le présupposé suivant : les interrogés ont déjà des connaissances et un avis sur les questions qui leur sont posées. Toutefois, l’Europe est un sujet qui s’avère trop complexe et souvent mal connu du grand public pour réunir ces deux éléments. Les Français voient l’Europe comme une entité abstraite, un terme flou, éloignée de leurs préoccupations et sans réelle répercussion sur leur quotidien. Le fort taux d’abstention aux élections européennes le confirme. Les sondés ne disposant pas des clés de compréhension et d’analyse nécessaires, on peut légitimement s’interroger sur la qualité de leurs réponses. De plus, ils se retrouvent la plupart du temps confrontés à des questions qu’ils ne se sont jamais posées. Par ailleurs, les interrogés peuvent avoir l’impression de subir une évaluation scolaire de leurs connaissances. Cette situation alimente la peur de ne pas répondre « comme il faut ». Ce sentiment d’incompétence, mêlé à la volonté de ne pas perdre la face pendant l’entretien peut pousser les sondés à choisir une réponse par défaut ou de manière aléatoire, sans connaître la signification réelle de leur choix. Les médias devraient donc au moins faire mention d’une possible marge d’erreur lorsqu’ils utilisent les chiffres de l’EB.

Dans la même veine, les données essentielles[2] sont elles aussi les grands absentes des exploitations médiatiques des données de l’EB, alors que dans les études nationales elles sont habituellement mentionnées. L’Eurobaromètre semble suffisamment faire autorité pour que tout le monde néglige de donner ces précisions.

La confiance des médias envers les données de l’Eurobaromètre apparaît donc bien solide au vu des failles méthodologiques et des risques d’erreurs statistiques liés à la complexité du sujet…

D’autant plus quand l’addition de l’opinion des 28 pays est utilisée – pour ne pas dire instrumentalisée – pour matérialiser une soi-disant « opinion publique européenne », dont l’existence reste encore à prouver.

 

Lucile BERLAND, Marion LOT, Vincent PLÉVEN.

 


[1] L’Eurobaromètre standard a été créé en 1973. La reproduction en est autorisée, sauf à des fins commerciales, à condition que la source soit mentionnée.

[2] Dates de réalisation de l’enquête, nombre d’interrogés, mode de constitution des panels et interface utilisée – téléphone, internet etc.

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Thionville, Gao, même combat http://www.droitdeciter.fr/2013/12/10/thionville-gao-meme-combat/ http://www.droitdeciter.fr/2013/12/10/thionville-gao-meme-combat/#comments Tue, 10 Dec 2013 12:54:54 +0000 Marion Lot http://www.droitdeciter.fr/?p=669 Le jumelage n’est rien de plus qu’un panneau à l’entrée des villes. C’est ce qu’on dit. Thionville (57), jumelée avec Gao, victime de la guerre au Nord Mali, a décidé d’aller plus loin.

Juin 2012, la ville de Gao, qui était alors contrôlée par les touaregs du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) tombe entre les mains des islamistes du Mujao1. « Tout était détruit », se désole Dominique Morlaix, président du comité de jumelage entre Thionville et Gao. « Alors qu’avant on aidait régulièrement la population, nous avons dû tout arrêter avec l’occupation. Il ne fallait pas que les djihadistes détournent l’argent », poursuit-il. La chute du gouvernement d’Amadou Toumani Touré en mars 2012 entraîna le blocage du pays. L’administration, les banques, plus rien ne fonctionnait.

« On a pensé à arrêter le jumelage lorsque les djihadistes ont pris la ville » concède Dominique Morlaix. Mais les membres du comité n’ont pas baissé les bras. Ils ont finalement réussi à contourner l’emprise des terroristes en envoyant des fonds via un intermédiaire en ville. Ce programme d’aide d’urgence a permis d’acheter de la nourriture à destination des quartiers les plus touchés. La mairie de Thionville a décidé de débloquer 5 000 € supplémentaires pour Gao en guerre. Cela s’ajoute aux 30 000 € qu’elle distribue habituellement chaque année avec l’aide du ministère des Affaires étrangères et de la région Lorraine et qui sont bien parvenus à Gao malgré la guerre.

Les Thionvillois ont également mis la main à la pâte. « Même s’il n’y a pas beaucoup de Maliens dans notre région, la population a été très sensible » se félicite M. Morlaix. Près de 300 habitants ont assisté au concert d’amitié en mai 2013 qui permit de récolter 2 000 €. Ils ont également participé en nombre aux conférences d’informations et ont multiplié les appels de soutien.

La guerre a poussé Thionville à adopter des mesures humanitaires d’urgence qui ont renforcé des liens datant de 1986. Dominique Morlaix tient à préciser que le jumelage est un partenariat sur le long terme qui vise à stabiliser la région. Dès que la situation sera stable, le comité s’attachera à développer un système d’enseignement supérieur technologique axé sur l’agroalimentaire, l’assainissement des eaux et la gestion des déchets. De cette manière, il souhaite mettre fin à la fuite des cerveaux vers Bamako et éviter de nouvelles crises.

L’action de Thionville s’inscrit dans le cadre du fonds de solidarité des collectivités françaises pour le Mali et le Sahel, mis en place pendant la crise en juillet 2012. Au total, 170 collectivités se sont engagées dans 150 projets en cours. Celui qui pense que le jumelage n’est que de la poudre aux yeux est vraiment tombé dans le panneau.

 

Marion LOT et Maxime ROUSSEAU

 

1 Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest

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«L’Eurobaromètre n’est pas du tout fiable» http://www.droitdeciter.fr/2013/12/10/leurobarometre-nest-pas-du-tout-fiable/ http://www.droitdeciter.fr/2013/12/10/leurobarometre-nest-pas-du-tout-fiable/#comments Tue, 10 Dec 2013 12:41:18 +0000 Emmy Labaigs http://www.droitdeciter.fr/?p=688 Financé par la Commission, l’Eurobaromètre sonde l’opinion européenne. En toute objectivité ? L’universitaire Philippe Aldrin[1] apporte des éléments de réponse.

Six cents enquêtes d’opinion, des chiffres repris dans tous les médias, une autorité incontestable d’après la Commission européenne[2]. Depuis sa création en 1973, l’Eurobaromètre apparaît comme le porte-voix des Européens. Pourtant, selon Philippe Aldrin, professeur à Sciences-Po Aix, « l’Eurobaromètre n’est pas du tout fiable ».

Pour l’universitaire, la complexité des questions de l’Eurobaromètre est le cœur du problème. « Mal posées », « trop techniques », les questions des sondeurs ne sont pas forcément celles que se posent les citoyens. Elles nécessiteraient une connaissance pointue des institutions européennes. Un sondage Eurobaromètre révèle néanmoins que 70% des personnes interrogées estiment connaître peu ou rien sur la chose européenne. Qui mieux que l’institut lui-même pour avouer son manque de fiabilité ?

Les résultats de l’Eurobaromètre s’avèrent problématiques lorsqu’ils entrent en totale contradiction avec la réalité. Le dimanche 29 mai 2005, 54,7% des Français ont voté « non » au référendum sur la Constitution européenne. Deux jours après, l’Eurobaromètre soutient pourtant l’attachement des Européens au projet. Pour 75% des sondés, ce dernier serait indispensable à la poursuite de la construction européenne.

La syntaxe de la question a pu jouer un rôle important. La formule « Êtes-vous plutôt d’accord / plutôt pas d’accord » n’appellerait-elle pas naturellement une réponse positive ?

« Les questions ne sont pas neutres », confirme Philippe Aldrin. Ce n’est pas pour autant une conspiration qui viserait à manipuler l’opinion. « Il s’agit plus d’une erreur de pédagogie », modère-t-il. Les sondeurs ont intégré une vision optimiste de l’Europe et orienteraient inconsciemment les sondés dans cette voie. Les enquêteurs « ne prennent plus de précautions », s’indigne l’universitaire. Autrefois, l’Eurobaromètre était constitué d’une « petite équipe de spécialistes ». Aujourd’hui, « il n’y a plus du tout de logique de la méthode, leur analyse se résume à des slogans », regrette-t-il.

Construire une opinion artificielle

L’Eurobaromètre serait finalement une « science sans savants. On croit que c’est scientifique, mais il s’agit de faire exister l’opinion artificiellement», dénonce Philippe Aldrin. En effet, même lorsque le sondé n’a pas d’avis, il est appelé à se prononcer. « Quand vous posez une question, vous créez une réponse », explique l’universitaire. L’institut européen court après les chiffres et s’éloigne ainsi d’une photographie précise de la société européenne.

Approximatif, biaisé et artificiel, l’Eurobaromètre est imparfait. Faute de mieux, il est toujours très utilisé. « Peut-on se passer d’un instrument de mesure de l’opinion dans une démocratie complexe et moderne ? La réponse est non », précise-t-il. Le sondage sert le politique et l’accompagne dans sa prise de décision. « On gouverne avec les sondages », conclut-il.

Maxime Rousseau & Emmy Labaigs


[1] Sur le site internet de la Commission européenne, cet institut de sondage est présenté comme « une aide précieuse à la préparation, la décision et l’évaluation de son travail ».


[2] Philippe Aldrin, « L’invention de l’opinion publique européenne », Politix, revue des sciences sociales du politique, 2010.

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